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 Victor Hugo

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Héra Carter O'Brien
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MessageSujet: Victor Hugo   Sam 25 Juil - 11:54




Tu me vois bon charmant et doux ...

Tu me vois bon, charmant et doux, ô ma beauté ;
Mes défauts ne sont pas tournés de ton côté ;
C'est tout simple. L'amour, étant de la lumière,
Change en temple la grotte, en palais la chaumière,
La ronce en laurier-rose et l'homme en demi-dieu.
Tel que je suis, rêvant beaucoup et valant peu,
Je ne te déplais pas assez pour que ta bouche
Me refuse un baiser, ô ma belle farouche,
Et cela me suffit sous le ciel étoilé.
Comme Pétrarque Laure et comme Horace Églé,
Je t'aime. Sans l'amour l'homme n'existe guère.
Ah ! j'oublie à tes pieds la patrie et la guerre
Et je ne suis plus rien qu'un songeur éperdu.

Victor HUGO (1802-1885)


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Sir Archibald Waters
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Dim 2 Aoû - 11:45

Très grand auteur.

Peut-être le meilleur d'entre tous. Un véritable monument.

Merci, Héra. sunny

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Ven 23 Sep - 19:20

Oui, c'est axcatement ce que notait George Sand au sein de ses nombreuses correspondances qui se chiffrent à plus de 25,000 lettres tout l'monde le sait...


Je suis aussi en accord avec vous deux; Victor Hugo s'avère l'un des plus grands qui ait su porter la plume!




Victor HUGO (1802-1885)



C'est l'être extrême.
Dieu, c'est le jour sans borne et sans fin qui dit : j'aime.
Lui, l'incommensurable, il n'a point de compas ;
Il ne se venge pas, il ne pardonne pas ;
Son baiser éternel ignore la morsure ;
Et quand on dit : justice, on suppose mesure.
Il n'est point juste ; il est. Qui n'est que juste est peu.
La justice, c'est vous, humanité ; mais Dieu
Est la bonté. Dieu, branche où tout oiseau se pose !
Dieu, c'est la flamme aimante au fond de toute chose.
Oh ! tous sont appelés et tous seront élus.
Père, il songe au méchant pour l'aimer un peu plus.
Vivants, Dieu, pénétrant en vous, chasse le vice.
L'infini qui dans l'homme entre, devient justice,
La justice n'étant que le rapport secret
De ce que l'homme fait à ce que Dieu ferait.
Bonté, c'est la lueur qui dore tous les faîtes ;
Et, pour parler toujours, hommes, comme vous faites,
Vous qui ne pouvez voir que la forme et le lieu,
Justice est le profil de la face de Dieu.
Vous voyez un côté, vous ne voyez pas l'autre.
Le bon, c'est le martyr ; le juste n'est qu'apôtre ;
Et votre infirmité, c'est que votre raison
De l'horizon humain conclut l'autre horizon.
Limités, vous prenez Dieu pour l'autre hémisphère.
Mais lui, l'être absolu, qu'est-ce qu'il pourrait faire
D'un rapport ? L'innombrable est-il fait pour chiffrer ?
Non, tout dans sa bonté calme vient s'engouffrer.
On ne sait où l'on vole, on ne sait où l'on tombe,
On nomme cela mort, néant, ténèbres, tombe,
Et, sage, fou, riant, pleurant, tremblant, moqueur,
On s'abîme éperdu dans cet immense coeur !
Dans cet azur sans fond la clémence étoilée
Elle-même s'efface, étant d'ombre mêlée !
L'être pardonné garde un souvenir secret,
Et n'ose aller trop haut ; le pardon semblerait
Reproche à la prière, et Dieu veut qu'elle approche ;
N'étant jamais tristesse, il n'est jamais reproche,
Enfants. Et maintenant, croyez si vous voulez !

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MessageSujet: Les Contemplations   Jeu 26 Jan - 2:01

Victor Hugo





Victor Hugo naquit à Besançon un 26 février 1802 et son voyage terrestre s'est terminé un 22 mai 1885 à Paris.

Sa mère fut Sophie Trebuchet ; 19 juin 1772 - 27 juin 1821.

Son père fut le général d'Empire Joseph Léopold Sigisbert Hugoné ; 15 novembre 1773 - 29 janvier 1828.


Citation :

"Poète, romancier, dramaturge, critique, Victor Hugo est, certes, un auteur d’une stature incomparable et inégalée. Sa devise « Ego Hugo !», qui traduit son orgueil légendaire (sa mégalomanie, selon ses détracteurs), a poussé Jean Cocteau à écrire que « Victor Hugo était un fou qui se croyait Victor Hugo !». Il n’en reste pas moins qu’à l’âge de trente ans, Victor Hugo, à la tête du mouvement romantique, avait révolutionné le théâtre et inventé une nouvelle langue poétique, et qu’à cinquante ans il eut le courage d’abandonner sans hésiter une existence confortable et une situation acquise pour l’exil, au nom de la résistance à la dictature de Napoléon III."
Source Wink



Elle était pâle, et pourtant rose...
Recueil : Les Contemplations


Elle était pâle, et pourtant rose,
Petite avec de grands cheveux.
Elle disait souvent : je n'ose,
Et ne disait jamais : je veux.

Le soir, elle prenait ma Bible
Pour y faire épeler sa sœur,
Et, comme une lampe paisible,
Elle éclairait ce jeune cœur.

Sur le saint livre que j'admire
Leurs yeux purs venaient se fixer ;
Livre où l'une apprenait à lire,
Où l'autre apprenait à penser !

Sur l'enfant, qui n'eût pas lu seule,
Elle penchait son front charmant,
Et l'on aurait dit une aïeule,
Tant elle parlait doucement !

Elle lui disait: Sois bien sage !
Sans jamais nommer le démon ;
Leurs mains erraient de page en page
Sur Moïse et sur Salomon,

Sur Cyrus qui vint de la Perse,
Sur Moloch et Léviathan,
Sur l'enfer que Jésus traverse,
Sur l'éden où rampe Satan.

Moi, j'écoutais... Ô joie immense
De voir la sœur près de la sœur!
Mes yeux s'enivraient en silence
De cette ineffable douceur.

Et, dans la chambre humble et déserte,
Où nous sentions, cachés tous trois,
Entrer par la fenêtre ouverte
Les souffles des nuits et des bois,

Tandis que, dans le texte auguste,
Leurs cœurs, lisant avec ferveur,
Puisaient le beau, le vrai, le juste,
Il me semblait, à moi rêveur,

Entendre chanter des louanges
Autour de nous, comme au saint lieu,
Et voir sous les doigts de ces anges
Tressaillir le livre de Dieu !


Victor Hugo



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MessageSujet: Dernière gerbe   Jeu 26 Jan - 2:19

La poésie de Victor Hugo (1802-1885)


C'était la première soirée

Recueil : Dernière gerbe


C'était la première soirée
Du mois d'avril.
Je m'en souviens, mon adorée.
T'en souvient-il ?

Nous errions dans la ville immense,
Tous deux, sans bruit,
A l'heure où le repos commence
Avec la nuit !

Heure calme, charmante, austère,
Où le soir naît !
Dans cet ineffable mystère
Tout rayonnait,

Tout ! l'amour dans tes yeux sans voile,
Fiers, ingénus !
Aux vitres mainte pauvre étoile,
Au ciel Vénus !

Notre-Dame, parmi les dômes
Des vieux faubourgs,
Dressait comme deux grands fantômes
Ses grandes tours.

La Seine, découpant les ombres
En angles noirs,
Faisait luire sous les ponts sombres
De clairs miroirs.

L'oeil voyait sur la plage amie
Briller ses eaux
Comme une couleuvre endormie
Dans les roseaux.

Et les passants, le long des grèves
Où l'onde fuit,
étaient vagues comme les rêves
Qu'on a la nuit !

Je te disais : - " Clartés bénies,
Bruits lents et doux,
Dieu met toutes les harmonies
Autour de nous !

Aube qui luit, soir qui flamboie,
Tout a son tour ;
Et j'ai l'âme pleine de joie,
ô mon amour !

Que m'importe que la nuit tombe,
Et rende, ô Dieu !
Semblable au plafond d'une tombe
Le beau ciel bleu !

Que m'importe que Paris dorme,
Ivre d'oubli,
Dans la brume épaisse et sans forme
Enseveli !

Que m'importe, aux heures nocturnes
Où nous errons,
Les ombres qui versent leurs urnes
Sur tous les fronts,

Et, noyant de leurs plis funèbres
L'âme et le corps,
Font les vivants dans les ténèbres
Pareils aux morts !

Moi, lorsque tout subit l'empire
Du noir sommeil,
J'ai ton regard, j'ai ton sourire,
J'ai le soleil ! "

Je te parlais, ma bien-aimée ;
ô doux instants !
Ta main pressait ma main charmée.
Puis, bien longtemps,

Nous nous regardions pleins de flamme,
Silencieux,
Et l'âme répondait à l'âme,
Les yeux aux yeux !

Sous tes cils une larme obscure
Brillait parfois ;
Puis ta voix parlait, tendre et pure,
Après ma voix,

Comme on entend dans la coupole
Un double écho ;
Comme après un oiseau s'envole
Un autre oiseau.

Tu disais : " Je suis calme et fière,
Je t'aime ! oui ! "
Et je rêvais à ta lumière
Tout ébloui !

Oh ! ce fut une heure sacrée,
T'en souvient-il ?
Que cette première soirée
Du mois d'avril !

Tout en disant toutes les choses,
Tous les discours
Qu'on dit dans la saison des roses
Et des amours,

Nous allions, contemplant dans l'onde
Et dans l'azur
Cette lune qui jette au monde
Son rayon pur,

Et qui, d'en haut, sereine comme
Un front dormant,
Regarde le bonheur de l'homme
Si doucement !


Victor Hugo


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MessageSujet: Les contemplations   Jeu 26 Jan - 2:23

La poésie de Victor Hugo (1802-1885)


Il faut que le poète
Recueil : Les contemplations


Il faut que le poète, épris d'ombre et d'azur,
Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,
Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,
Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutent
Les femmes, les songeurs, les sages, les amants,
Devienne formidable à de certains moments.
Parfois, lorsqu'on se met à rêver sur son livre,
Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre,
Où l'âme à chaque pas trouve à faire son miel,
Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel,
Au milieu de cette humble et haute poésie,
Dans cette paix sacrée où croit la fleur choisie,
Où l'on entend couler les sources et les pleurs,
Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,
Volent chantant l'amour, l'espérance et la joie,
Il faut que par instants on frissonne, et qu'on voie
Tout à coup, sombre, grave et terrible au passant,
Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant !
Il faut que le poète aux semences fécondes
Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,
Pleines de chants, amour du vent et du rayon,
Charmantes, où soudain l'on rencontre un lion.


Victor Hugo



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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Mer 15 Fév - 16:52



"Mes vers fuiraient, doux et grêles,
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes
Des ailes comme l'oiseau."

de Victor Hugo

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MessageSujet: Victor Hugo : Le Rhin, lettre XIV   Lun 18 Juin - 23:20



Victor Hugo : Le Rhin, lettre XIV

De tous les voyages de Victor Hugo, celui sur le Rhin est le seul à avoir donné lieu à une publication : publié une première fois en 1842, réédité en 1845 dans une version élargie, « Le Rhin, lettres à un ami », est le fruit littéraire des trois voyages réalisés avec Juliette en 1838, 1839, 1840. Sous l’apparence d’un journal de voyageur, cet ouvrage est en fait une fiction épistolaire puisque sur les trois cent trois feuillets du manuscrit, la proportion de « vraies » lettres est faible : trois en 1838, deux en 1839, aucune en 1840 où l’essentiel des récits de voyage est constitué par des tranches de journal ou par des ajouts rédigés plus tard à Paris.


Victor Hugo. Page du « Voyage sur le Rhin. Manuscrit autographe. Reliure en plein parchemin. Paris, BNF
Lettre XIV

Saint-Goar, 17 août.


Vous savez, je vous l’ai dit souvent, j’aime les fleuves. Les fleuves charrient les idées aussi bien que les marchandises. Tout a son rôle magnifique dans la création. Les fleuves, comme d’immenses clairons, chantent à l’océan la beauté de la terre, la culture des champs, la splendeur des villes et la gloire des hommes.

Et, je vous l’ai dit aussi, entre tous les fleuves, j’aime le Rhin. La première fois que j’ai vu le Rhin, c’était il y a un an, à Kehl, en passant le pont de bateaux. La nuit tombait, la voiture allait au pas. Je me souviens que j’éprouvai alors un certain respect en traversant le vieux fleuve…

…Ce soir-là… je contemplai longtemps ce fier et noble fleuve, violent, mais sans fureur, sauvage, mais majestueux. ïl était enflé et magnifique au moment où je le traversais. Il essuyait aux bateaux du pont sa crinière fauve, sa barbe limoneuse, comme dit Boileau. Ses deux rives se perdaient dans le crépuscule. Son bruit était un rugissement puissant et paisible. Je lui trouvais quelque chose de la grande mer.

Oui, mon ami, c’est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial, digne d’être à la fois français et allemand. Il y a toute l’histoire de l’Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne.
Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie.

Avant que l’histoire écrivît, avant que l’homme existât peut-être, où est le Rhin aujourd’hui fumait et flamboyait une double chaîne de volcans qui se sont éteints en laissant sur le sol deux tas de laves et de basaltes disposés parallèlement comme deux longues murailles. À la même époque, les cristallisations gigantesques qui sont les montagnes primitives s’achevaient, les alluvions énormes qui sont les montagnes secondaires se desséchaient, l’effrayant monceau que nous appelons aujourd’hui les Alpes se refroidissait lentement, les neiges s’y accumulaient ; deux grands écoulements de ces neiges se répandirent sur la terre : l’un, l’écoulement du versant septentrional, traversa les plaines, rencontra la double tranchée des volcans éteints et s’en alla par là à l’Océan ; l’autre, l’écoulement du versant occidental, tomba de montagne en montagne, côtoya cet autre bloc de volcans expirés que nous nommons l’Ardèche et se perdit dans la Méditerranée. Le premier de ces écoulements, c’est le Rhin ; le second, c’est le Rhône…

…Le Rhin, dans les destinées de l’Europe, a une sorte de signification providentielle. C’est le grand fossé transversal qui sépare le Sud du Nord. La Providence en a fait le fleuve-frontière ; les forteresses en ont fait le fleuve-muraille. Le Rhin a vu la figure et a reflété l’ombre de presque tous les grands hommes de guerre qui, depuis trente siècles, ont labouré le vieux continent avec ce soc qu’on appelle Pépée. César a traversé le Rhin en montant du midi ; Attila a traversé le Rhin en descendant du septentrion. Clovis y a gagné sa bataille de Tolbiac. Charlemagne et Bonaparte y ont régné. L’empereur Frédéric-Barberousse, l’empereur Rodolphe de Hapsbourg et le palatin Frédéric Ier y ont été grands, victorieux et formidables. Gustave-Adolphe y a commandé ses armées du haut de la guérite de Caub. Louis XIV a vu le Rhin. Enguien et Condé l'ont passé. Hélas ! Turenne aussi. Drusus y a sa pierre à Mayence comme Marceau à Coblenz et Hoche à Andernach. Pour l’œil du penseur qui voit vivre l’histoire, deux grands aigles planent perpétuellement sur le Rhin, l’aigle des légions romaines et l’aigle des régiments français…

… Ce noble Rhin que les Romains nommaient Rhenus superbus, tantôt porte les ponts de bateaux hérissés de lances, de pertuisanes ou de baïonnettes qui versent sur l’Allemagne les armées d’Italie, d’Espagne et de France, ou reversent sur l’ancien monde romain, toujours géographiquement adhérent, les anciennes hordes barbares, toujours les mêmes aussi ; tantôt charrie pacifiquement les sapins de la Murg et de Saint-Gall, les porphyres et les serpentines de Bâle, la potasse de Bingen, le sel de Karlshall, les cuirs de Stromberg, le vif-argent de Lansberg, les vins de Johannisberg et de Bacharach, les. ardoises de Caub, les saumons d’Oberwesel, les cerises de Salzig, le charbon de bois de Boppart, la vaisselle de fer blanc de Coblenz, la verrerie de la Moselle, les fers forgés de Bendorf, les tufs et les meules d’Andernach, les tôles de Neuwied, les eaux minérales d’Antoniustein, les draps et les poteries de Wallendar, les vins rouges de Taar, le cuivre et le plomb de Linz, la pierre de taille de Kœnigswinter, les laines et les soieries de Cologne ; et il accomplit majestueusement à travers l’Europe, selon la volonté de Dieu, sa double fonction de fleuve de la paix, ayant sans interruption sur la double rangée de collines qui encaisse la plus notable partie de son cours, d’un côté des chênes, de l’autre des vignes, c’est-à-dire d’un côté le nord, de l’autre le midi ; d’un côté la force, de l’autre la joie…"



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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Sam 12 Avr - 9:26

En 1835, Victor Hugo est totalement bouleversé par l'apparition de Juliette Drouet, celle qui va devenir l'amante et la compagne de toute une vie.

C'est à elle qu'est dédiée l'ardent poème passionné ci-dessous :



"Mon âme a plus de feu..."

Puisque j'ai mis ma lèvre à la coupe encor pleine ;
Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire
Les mots où se répand le coeur mystérieux ;
Puisque j'ai vu ta bouche pleurer, puisque j'ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir ;
Allez vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli,
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !


1er janvier 1835, minuit et demi.

Victor HUGO

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Mar 5 Aoû - 17:37

Victor
Victor Hugo
Les poèmes

Victor HUGO (1802-1885) 
(Recueil : Toute la lyre)
Victor HUGO (1802-1885) 
(Recueil : Toute la lyre)

Commencement d'une illusion


Il pleut ; la brume est épaissie ; 
Voici novembre et ses rougeurs 
Et l'hiver, effroyable scie 
Que Dieu nous fait, à nous songeurs.

L'abeille errait, l'aube était large, 
L'oiseau jetait de petits cris, 
Les moucherons sonnaient la charge 
A l'assaut des rosiers fleuris,

C'était charmant. Adieu ces fêtes, 
Adieu la joie, adieu l'été, 
Adieu le tumulte des têtes 
Dans le rire et dans la clarté !

Adieu les bois où le vent lutte, 
Où Jean, dénicheur de moineaux, 
Jouait aussi bien de la flûte 
Qu'un grec de l'île de Tinos !

Il faut rentrer dans la grand'ville 
Qu'Alceste laissait à Henri,
Où la foule encor serait vile 
Si Voltaire n'avait pas ri.

Noir Paris ! tas de pierre morne 
Qui, sans Molière et Rabelais, 
Ne serait encor qu'une borne 
Portant la chaîne des palais !

Il faut rentrer au labyrinthe 
Des pas, des carrefours, des moeurs, 
Où l'on sent une sombre crainte 
Dans l'immensité des rumeurs.

Je regarderai ma voisine, 
Puisque je n'ai plus d'autre fleur, 
Sa vitre vague où se dessine 
Son profil, divin de pâleur,

Son réchaud où s'enfle la crème, 
Sa voix qui dit encor maman ; 
Gare ! c'est le seuil d'un poëme, 
C'est presque le bord d'un roman.

Ma voisine est une ouvrière 
Au front de neige, aux dents d'émail, 
Qu'on voit tous les soirs en prière 
Et tous les matins au travail.

Cet ange ignore que j'existe 
Et, laissant errer son œil noir,
Sans le savoir, me rend très triste 
Et très joyeux sans le vouloir.

Elle est propre, douce, fidèle, 
Et tient de Dieu, qui la bénit, 
Des simplicités d'hirondelle 
Qui ne sait que bâtir son nid.



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