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 EPIGRAMMES LICENCIEUSES - Alexis PIRON

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Sir Archibald Waters
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MessageSujet: EPIGRAMMES LICENCIEUSES - Alexis PIRON   Sam 29 Nov - 11:35


***

Un révérend à face guillerette;
Oyait le cas d'un jeune débauché,
Qui s'accusa que gente bachelette
Avait la nuit entre ses bras couché.

- Combien de fois s'est commis le péché ?
- Trois fois, sans plus, répond le camarade.
- Comment, trois fois, dit le père fâché,
En une nuit !... vous étiez donc malade ?


***

Au lit de mort, une vieille à confesse,
Qui cinquante ans sous Venus travailla,
A Bourdaloue exagérait sans cesse
Les doux plaisirs dont l'amour la combla.

Oh ça! lui dit l'enfant de Loyola,
Songez à Dieu.
- Je le voudrais, dit-elle; Mais j'ai toujours un bougre de vit là,
Même en mourant, qui me fout la cervelle
.

***

Certain Mazet, grand faiseur de neuvaines;
Contait son cas aux pieds d'un franciscain;
Puis quand il eut nombre quelques fredaines,
Il accusa qu'une jeune nonnain

L'avait prié de l'amoureuse affaire.
- Le fites-vous ? - Nenni, de par saint Pierre !
Onc je ne fus souillé de tels forfaits.
- Dieu d'Israël, dit le révérend père,

Conduis un peu tel gibier dans mes rets,
Puis tu verras si je n'ose le faire
.

***

Un Florentin faisait son Cupidon
Et s'ébattait d'un suisse du saint-père.
Le barigel, par sentence sévère,
Le condamna d'aumôner un teston.

Le condamné cria : C'est tyrannie,
Payer vingt sous pour un péché si mignon !
Beau justicier, sommes en Italie,

En lieu papal.
- Payons sans répartie,
Reprit Dandin, tu l'as bien mérité;
Ton cas n'est point honnête sodomie,
Mais bien péché de bestialité
.

***

Un maître carme, exploitant sa soeur Alix,
Avait déjà défilé jusqu'à six.
- Ah ! c'est assez, finissons, lui dit-elle,
On sonne au choeur et l'office m'appelle.

- Eh quoi, si vite ! encore un pauvre ave,
Rien de plus, ma soeur, et puis je me retire.
- Qu'un ave, soit : voyons, je vais le dire.
- Ca, faites donc, j'y joindrai le salve
.

***

Lucas privait Alix des droits d'Hymen
Depuis huit jours, quand la chaleur extrême
Fit qu'en dormant elle étendit sa main
Qui, par hasard, tomba sur l'endroit même

Dont la sevrait son époux inhumain.
Dans ce moment vous jugez bien, peut-être,
Qu'au seul toucher la bête s'éveilla :
- Pauvre animal, s'écria-t-elle, il a
Du naturel cent fois que son maître.

La mariée, au saut du lit, jasait
Sur l'instrument de la paix du ménage,
Et discourant du marié, disait :
- De son fétu neuf pouces sont l'aunage,

Neuf tout en gros : quelle honte, à son âge !
Car, entre nous, il a vingt ans et plus,
Et notre union, qui n'a pas davantage
Que dix-huit mois, porte un bon tiers de plus
,

***

Masqué du froc d'un enfant d'Elisée,
Damon pressait soeur Alix : et d'abord
Par cet habit la belle humanisée
Avec Damon fut aisément d'accord

Lui, pour l'honneur du froc, fit maint effort;
Mais six exploits mirent bas le gendarme.
- Quoi ! dit Alix, cet homme-ci s'endroit
Après six coups ? Ah chien ! tu n'es pas carme
.

***

Du jeu d'amour, un aimable tendron,
Sous un cagot faisait l'apprentissage;
Aise n'était, et j'en tais la raison,
A moissonner le tendre pucelage.

De crier donc la belle faisait rage,
Et ne prenait nul plaisir à ce jeu.
- Souffrez, souffrez, lui dit cet homme sage,
Souffez cela pour l'amour du bon Dieu
.

***

Le fait, le droit, qui sur le formulaire
Depuis longtemps partagent les esprits,
Faisaient grand bruit, et l'on traitait l'affaire
Avec chaleur, lorsque l'on surpris

De voir Ninon terminer la querelle,
Et sur-le-champ trouver ce tour adroit;
- Tant qu'il est droit, il n'est pas fait, dit-elle,
Quand il est fait, il cesse d'être droit
.

***

Frère Conrad, en un réduit bien clos,
Par un matin, à gentille tourière,
En vrai béat, refait peu le repos,
Insinuait sa cheville ouvrière.

On sonne alors, - Ô contre-temps maudit !
Foin de la cloche et de qui la fondit !
S'écrie Agnès en doublant la croupière.
Le penaillon qui plus fort se raidit,

Piquant des deux pour fournir sa carrière,
Serre la soeur, et prêt à faire feu :
- Parbleu ! dit-il, tu t'étonnes de peu,
Laisse sonner et réponds du derrière
.

***

Un capucin ardent et plein de feu,
Dans un bordel excitait une nonne
Au jeu d'amour, mais pour l'amour de Dieu,
Gratis, s'entend - Ne pas, dit la friponne,

Nescio vos, par Zorobabel;
Je vis du con, comme vous de l'autel;
Tirez de l'or, autrement point d'affaires.

- De l'or à nous ! répond le bouc sacré.
Las ! par nos voeux nous l'avons abjuré.
Mais bien dirai pour vous trente rosaires
.

***

Un mousquetaire aux pieds d'un vieux billette,
Son cas joyeux déduisait clair et net.
- J'ai, disait-il, avec un tendre objet,
Depuis longtemps une intrigue secrète.

Ce n'est le tout : Item, je suis sujet...
- A quoi ? voyons... - A le faire en levrette.
- D'où viens cela, reprit père Seguin ?
- C'est que j'y trouve un pouce au moins de gain.

- Ah ! mon enfant, dit le saint personnage,
Pour tont salut reviens à l'avant-main.
L'esprit pervers, avec ce beau ménage,
M'a fourvoyé cent fois de mon chemin.


***

De continence un prêtre étant malade,
La faculté n'eut qu'un mot : le coït.
Une catin s'offrant à l'accolade,
A quarante ans il fit son introït

Donc aussitôt le célébrant larmoie.
- Eh quoi ? mignon, dit la fille de joie,
Tu fais si bien, et jà tu t'en repens ?
Eh oui, mordieu ! mais de par saint Avoie !

C'est de m'en être abstenu si longtemps
.

***

Au pieds d'un vieil ermite, un jeune adolescent,
Le carême dernier, dit en se confessant
Que, par un accident sinistre
Dont il avait bien du regret,
Il avait trois fois, en secret,
Baisé la femme d'un ministre.
Alors le bon ermite, homme plein de savoir,
Dit :
- Baiser une femme est un crime bien noir
Quand c'est celle d'un catholique;
Lorsqu'on se dit coupable, à l'instant je frémis !
Mais pour celle d'un hérétique,
Bon cela, c'est autant de pris sur l'ennemi
.

***

Chaud de boisson, certain docteur en droit,
Voulant un jour baiser sa chambrière,
Fourbit très-bien d'abord le bon endroit;
Puis la virant, preste sur la croupière
Se huche. - Hélas ! quel taon vous a piqué ?
Serrant le cul, s'écria la commère,
Par là, jamais nous n'avons forniqué.
- Jamais ? tant pis; allons, laissez-moi faire,
Ne suis-je pas docteur in utroque ?


***

Un cordelier des plus officieux,
Sur ses genoux branlait certaine abbesse,
Dont tôt après notre religieux
En pâmoison fit tomber la prêtresse.

Et profitant du moment de faiblesse,
Il lui glissa son fringant aiguillon.
- Tirez ceci, par saint Hilarion.
Dit la femelle.

A quoi le bon apôtre
Lui répartit : - Pas tant d'émotion ;
Prenez toujours, ce doigt-ci vaut bien l'autre
.

***

Un laboureur des confins de la Bresse,
Paisiblement s'ébattait d'une ânesse.
On en fit bruit.
D'abord le compagnon
Envoie exprès traiter en Avignon
De cette affaire.
Au retour de son homme :

- Eh bien ! dit-il, à combien les pardons ?
Nous faudra-t-il, cousin, aller à Rome ?

- Non, j'ai tout fait pour quatre ducatons,
Reprit l'agent, y compris le voyage;
Et le légat même, sans tracasser,
Pour environ trois écus davantage.
T'aurait, parbleu, permis de l'épouser
.

***

Deux gars étaient sur un même pallier.
L'un franc Picard, et l'autre de Provence,
Qui d'une Agnès, leur commun atelier,
Endoctrinaient tour à tour l'innocence.

Le papier but. - Ca, de qui le poupon,
Demanda le juge après à la mère;
- Hélas ! monsieur, dit-elle, c'est selon;
Moi-même en suis en peine la première :

Si toutefois j'accouche par devant,
C'est au Picard, sans faute, qu'est l'enfant;
Au Provençal, s'il me vient par derrière
.

***

Un cordelier gageait à son hôtesse
Qu'il lui ferait douze fois dans la nuit,
Marché fut fait, et priape se dresse.
Le cordelier en comptait déjà huit.

- Huit ! se récrie Alix; ah ! tu m'en passe,
Frère Ribaud, et ce n'est pas bien fait
D'en marquer huit, quand ce n'en est que sept
Mais je vois bien, déjà que le feu te lasse,

Et crois par là ta besogne avancer.
-Moi, vertubleu ! tiens, voilà que j'efface
Le tout, allons, c'est à recommencer
.

***

Le médecin d'un écolier malade
Recommanda qu'on gardât de son eau.
On en serra; mais il garde maussade
L'ayant fait choir, à son propre tonneau

Vite en retire et remplit le vaisseau.
Le docteur vient et dit : Ce sont des eaux claires
De femme grosse; on ne m'y trompe guères.
La garde rit, le docteur se défend.

Lors l'écolier : Je l'ai bien dit aux pères
Qu'ils me feraient tôt ou tard un enfant
.

***

Un capucin, malade de luxure,
Montrait son cas de virus infecte;
Et pour cacher du mal la source impure,
La rejetait sur son austérité.

- Ah ! disait-il au suppôt de saint Côme,
Voyez un peu, maître André, voyez comme
Elle me l'a tout du long écorché.

- Qui ? - Cette robe. - Oui, dà, frère Miche,
Oh ! votre robe est donc, sur ma parole,
Une putain, et gare la vérole
.

***

Au jeu d'amour une gente donzelle
Voulut induire un cavalier romain;
L'ultramontain, à son culte fidèle,
La refuserait même avec dédain,

Quand, pour lui plaire, elle tourna soudain
Ce qu'à Jupin Ganymède réserve;
Mais dans son goût, malgré l'offre, affermi :
- Me fourrer là, dit-il, Dieu m'en préserve,

Je logerais trop près de l'ennemi
.

***

Brûlé du feu de la concupiscence,
Frère Thibaud vint trouver son gardien.
- Jeûnez, mon fils, dit sa révérence.
Thibaud jeûna : le jeûne ne fit rien.

Lors derechef Thibaud se plaint. - Eh bien,
Joignez au jeûne et discipline et haire,
Dit le vieillard.
Mais làs ! le pauvre hère

Sentit sa chair encor plus regimber.
- Vertu du froc ! succombez-y donc, frère,
Tant que d'un an n'y puissiez retomber
.

***

Par un matin, d'une jeune dévote,
Frère Richard le petit cas oyait,
Et par un trou promenait sous sa cotte
Sa douce main dont il la chatouillait,

De quoi la niaise en larmes lui disait :
- Priez pour moi... mon père... je suis morte.
Le diable m'entre... au corps... par cette porte
Que vous savez.

- Gardez de résister;
Dit le frater, il faudra bien qu'il sorte.
Quand dans tel lieu sera las d'habiter
.

***

Un couple amoureux s'exerçait
Au jeu d'amour dans un bosquet.
Croyant n'avoir que les dryades
Pour témoins de ses accolades.

Au plus fort du trémoussement,
Quelqu'un parut. - Ha ! dit l'agent,
Fuyons. - Nenni, répond la belle.
Va ton train. - Mais on nous verra.
- Eh ! qu'importe, répliqua-t-elle,
Je n'en connais point ces gens
.

***

Jeanneton en la nuit première.
Son mari dessus elle étant,
Remuait des mieux le derrière,
Et puis disait en s'ébattant :

- Mon doux ami que j'aime tant,
Fais-je pas bien de cette sorte ?
Le mari lors qui se transporte,
Lui répond de courroux épris :

- Oui, mais que le grand diable, emporte
Ceux qui vous en ont tant appris
.

***

Un bûcheron fendant du bois,
Ne se donnait point de relâche,
Et faisait han ! à chaque fois
Qu'il donnait un grand coup de hache.

Sa femme craignant quelque entorse,
Dit : A quoi bon han ! si souvent ?
- Han, dit-il, augmente la force,
Et le coup entre plus avant.

La nuit le bonhomme joyeux,
Et voulant rire avec sa femme;
- Mon ami, dit la jeune dame,
Faites han ! il entrera mieux.

- Oh non ! lui dit-il sans attendre,
Ce serait han ! et temps perdu ;
Mon dessein n'est pas de le fendre,
Il n'est déjà que trop fendu
.

***

Un homme d'une humeur gaillarde
Appella quelqu'un maquereau
Qui lui répliqua bien et beau :
- Que votre épouse est babillarde !


***

Certain abbé se maniélisait
Tous les matins, songeant à sa voisine.
Son confesseur l'interrogeant, disait :
-Vertu de froc ! c'est donc beauté divine ?

- Ah ! dit l'abbé, plus gente chérubine
Ne se vit oncques : c'est miracle d'amour.
Blancheur de lis, cuisses faites au tour,

Tétons, Dieu sait, et croupe de chanoine;
Toujours j'y pense, et même encore ici
Je fais le cas. - Parbleu, lui dit le moine,
Je le crois bien, car je le fais aussi
.

***

Au sexe encore chère est la bienséance :
Jusqu'aux filles de cabaret,
Aucune ne se rend sans quelque résistance.

Un passager, beau, jeune, adroit,
En suit une au grenier, si veut lui faire fête.
- Crois-tu de mon honneur que je prenne peu soin ?
Lui dit-elle, en prenant un bon bouchon de foin :

Avance, avec ceci je te casse la tête
.

***

Vous répondrez, ô corrupteurs de filles.
Disait en chaire un docteur véhément,
Vous répondrez de toutes peccadilles
Qu'elles feront avant le sacrement.

Punis serez au jour du jugement
D'avoir au mal femelle façonnée.
La jeune Alix, qu'un amant peu constant
Depuis huit jours avait abandonnée,

S'écria : - Bon, j'en ferai tant et tant,
Que du fripon l'âme sera damnée
.

***

Ne laissant jamais rien sur la table, Alix à Jeanne et son valet
Disait toujours d'un air affable :
- Faites-vous des oeufs. On s'en tait.
L'oeuf et l'Amour font leur effet.

Jeanne enfle. Alix entre en colère.

- Au diable aussi, dit la commère,
Soient les oeufs frits, pochés, crevés !
A Jeanne on en a tant fait faire,
Qu'à la fin Jeanne en a couvés.


***

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Rêver est une chose douce qui ne coûte rien et qui rassure. ( Tahar Ben Jelloun )
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MessageSujet: Re: EPIGRAMMES LICENCIEUSES - Alexis PIRON   Mar 2 Déc - 13:06

<< La MDLoups craque pour les longs poèmes elle sait les porter dans son âme à l’effigie d'un diadème entre deux barèmes de nostalgiques peines vaines. >>
Renay Sances in Do you really know la MDLoups ?


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MessageSujet: Re: EPIGRAMMES LICENCIEUSES - Alexis PIRON   Mar 2 Déc - 13:09


Buste d'Alexis Piron par Jean-Jacques Caffieri. Dijon, Musée des beaux-arts.




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MessageSujet: Re: EPIGRAMMES LICENCIEUSES - Alexis PIRON   Mar 2 Déc - 13:14




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MessageSujet: Re: EPIGRAMMES LICENCIEUSES - Alexis PIRON   Mar 2 Déc - 13:15



La Lyre d’Orphée et les Singes

O siècle unique, âge heureux,
Temps où des déserts affreux,
Orphée aux sons de sa lyre
Chassait l’horreur et l’ennui !
Hormis l’envieux satyre,
Tout accourait près de lui :
Tigres, lions, volatile,
Amphibie, aigle, reptile,
C’est à qui veut approcher.
L’arbre même et le rocher,
D’une musique si belle
Se laissant aussi toucher,
Comme eux voulurent marcher;
Et des prisons de Cybèle
Surent, dit-on, s’arracher.
L’être aussi le moins sensible,
Le monstre le plus terrible
Fut attendri, fut changé;
Il ne resta d’inflexible
Que le beau sexe outragé.
Demandez-vous quel outrage
Lui faisait le personnage?
Junon pour un pareil train,
(Je n’en dis pas davantage
Dans le fond de son courage,
La garda bonne à Jupin.
Au fait : tout long verbiage
Sent le moderne écrivain.
De bacchantes un essaim,
Sur le criminel Orphée
Tombe et fond le thyrse en main.
De vin la bande échauffée,
De l’amour ultramontain
Massacra le coryphée.
Mille ont mérité sa fin :
Nul ne mérita sa gloire.
L’exécution soudain
Licencia l’auditoire.
Il se dispersait déjà,
Quand un singe s’écria :
Eh ! ne bougez, troupe agreste !
Ce qui vous charmait nous reste;
C’est sa lyre, et la voilà.
Ce jeu qui rend si célèbre,
N’est rien moins que de l’algèbre;
Je gage y briller aussi ;
Je regardais faire : ainsi
Qu’on demeure, et qu’on m’écoute :
J’ai des doigts, et, Dieu merci,
Singe aux doigts n’a pas la goutte.
Singe à ces mots d’écorcher
L’oreille à la compagnie :
Oreilles de se boucher.
Un autre singe gaucher
Prend la lyre et la manie :
Nouvelle cacophonie !
Magots de se l’arracher,
Rossignols de dénicher.
L’ours, de sa grâce légère,
Mon bel ami l’ours s’ingère
De soutenir le parti :
Les hurlemens de Mégère
Manquent au charivari.
Lors, ce n’est plus que ce cri
Par les bois, l’air et la plaine :
O pauvre Orphée !
Et qui lit Les fables nouvelles, dit :
O pauvre Jean La Fontaine!
« La Lyre d’Orphée et les Singes »

  • Alexis Piron, 1689 – 1773


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MessageSujet: Re: EPIGRAMMES LICENCIEUSES - Alexis PIRON   Aujourd'hui à 2:10

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