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 Une prière de Fra Angelico

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Sir Archibald Waters
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MessageSujet: Une prière de Fra Angelico   Ven 10 Juin - 8:42

Rappel du premier message :

Fra Angelico, grand peintre italien du XVe siècle, entra dans les Ordres comme le faisaient souvent les artistes de cette époque et fut prieur au couvent Saint-Dominique à Fiésole. D'où, sans doute, la profondeur de ses propos.




Fra Angelico a écrit:
Il n'y a rien de ce que je pourrais vous offrir que vous ne possédiez déjà, mais il y a beaucoup de choses que je ne puis donner et que vous pouvez prendre.

Le ciel ne peut descendre jusqu'à nous, à moins que notre cœur n'y trouve aujourd'hui même son repos.
Prenez le ciel.

Il n'existe pas de paix dans l'avenir qui ne soit cachée dans ce court moment présent, prenez la paix.

L'obscurité du monde n'est qu'une ombre, derrière elle, et cependant à notre portée, se trouve la joie. Il y a dans cette obscurité une splendeur et une joie ineffables si nous pouvions seulement les voir.

Et pour voir, vous n'avez qu'à regarder, je vous prie donc de regarder.

La vie est généreuse donatrice, mais nous, qui jugeons ses dons d'après l'apparence extérieure, nous les rejetons, les trouvant laids ou pesants, ou durs. Enlevons cette enveloppe et nous trouverons au-dessous d'elle une vivante splendeur, tissée d'amour par la sagesse, avec d'abondants pouvoirs. Accueillez-la et vous toucherez la main de l'ange qui vous l'apporte.

Dans chaque chose que nous appelons une épreuve, un chagrin, ou un devoir, se trouve, croyez-moi, la main de l'ange ; le don est là, ainsi que la merveille d'une présence sans ombre.

De même pour nos joies : ne vous en contentez pas en tant que joies, elles aussi cachent des dons divins.

La vie est tellement emplie de sens et de propos, tellement pleine de beautés au-dessous de son enveloppe, que vous vous apercevrez que la terre ne fait que recouvrir le ciel. Courage donc pour le réclamer. C'est tout. Mais vous savez que nous sommes ensemble des pèlerins qui, à travers des pays inconnus, se dirigent vers leurs patrie.

Ainsi, en ce jour de Noël, je vous salue, non pas exactement à la manière dont le monde envoie ses salutations, mais avec la prière : que pour vous, maintenant et à jamais, le jour se lève et les ombres s'enfuient.

Je n'ai qu'un mot à dire : Lumineux. Tout autre commentaire serait superflu. Cette prière intemporelle est magnifique. A méditer assurément.

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Rêver est une chose douce qui ne coûte rien et qui rassure. ( Tahar Ben Jelloun )


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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Jeu 26 Avr - 17:10



"L'Extase de Sant Andrea Corsini" par Guido RENI aux environs de 1629-1630.

Une huile sur toile exposée aux Offices depuis 1890.


Né en 1301, Andrea Corsini fut évêque de Fiesole en 1349. En outre d'être l'auteur de plusieurs miracles, il fut également chargé, en 1349, d'une mission diplomatique assez délicate par le pape Urbain V afin d'éviter que Bologne ne passe aux Viconti.

Guido Reni a peint le saint dans une prière fervente, servi par des anges.

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MessageSujet: L'histoire de la littérature canadienne-française (Québec)    Mer 2 Mai - 23:40


Citation :
"L'histoire de la littérature canadienne-française (Québec)

CHAPITRE 6
1860-1900
LA POÉSIE


Louis Fréchette - Pamphile Le May - William Chapman ­
Alfred Garneau - Nérée Beauchemin - Adolphe
Poisson - Apollinaire Gingras et autres

[Ce texte a été écrit par l'abbé Camille Roy; il a été publié en 1962. Pour la citation complète, voir la fin du texte.] "


L'Abbé Camille Roy naquit un 22 octobre 1870 et termina sa vie terrestre un 24 juin 1943; il fut l'un des premiers critiques littéraire québécois du xxe siècle.

L'histoire de la littérature canadienne-française (Québec)



Apollinaire Gingras

Apollinaire Gingras (1847-1935)



Citation :
"Apollinaire Gingras est né à Saint-Antoine-de-Tilly et fut ordonné prêtre en 1873. Il occupa successivement diverses cures au Saguenay et dans le comté de Lotbinière. Il a publié deux recueils de poésie, Au foyer de mon presbytère (1881), L'emballement, poème antiimpérialiste (1920), un essai, Le Bas-Canada entre le Moyen Âge et l'âge moderne (1880) et un recueil de ses sermons, Jours de parole (1942). La nature, la patrie et la religion sont ses thèmes préférés, et étonnamment, certains poèmes révèlent un certain sens de l'humour, voire une ironie pas toujours très catholique."

Apollinaire GINGRAS (1847-1935)

La patrie


Enfants, le ciel, le ciel sur nos campagnes
A déployé de bien vives couleurs.
Sur nos lacs bleus, sur nos vertes montagnes,
Le ciel répand ses plus riches splendeurs.
Soit que la neige à nos bois étincelle,
Soit que l'été rayonne sur nos bords, -
Oh ! la patrie, oh ! la patrie est belle :
Ô Canada, je t'aime avec transports !

Un sang choisi, le plus pur sang de France,
Nourrit jadis mon pays bien-aimé.
Sous d'autres cieux la Foi pleure en silence :
Au Canada le Christ est acclamé.
Jogues, Bréboeuf et cent martyrs encore,
Dans le supplice ont rougi nos bosquets : -
Ô ma patrie ! oh ! je t'aime et t'honore :
Ô Canada, pour toi tous mes respects !

Sur son berceau rugissait le tonnerre,
Et l'avenir, oh ! n'était pas vermeil.
Mais en luttant le Canada sut faire
Son nid d'aiglon et sa place au soleil.
L'Anglais le sait si nous fûmes esclaves,
Et si ce Peuple aima sa liberté : -
Ô ma patrie, ô le pays des braves :
Ô Canada, je t'aime avec fierté !

A la Patrie oh ! ne soyons pas traîtres :
N'allons jamais déserter ses hameaux.
Quoi ! des Yankees seraient vos rois, vos maîtres,
Vous, les enfants de superbes héros ?
Dans nos forêts taillons-nous un domaine ;
Autour de nous plantons de beaux vergers : -
J'entends chanter le clocher dans la plaine :
Il est amer, le pain des étrangers !


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MessageSujet: Alfred de Musset   Mar 19 Juin - 16:57


Alfred de Musset


Rappel sur le parcours de vie du poète et plus encore...

Louis-Charles-Alfred de Musset-Pathay naquit à Saint-Denis le 11 décembre 1810, poète, romancier et aussi dramaturge. Il termina son voyage terrestre le 2 mai 1857 à Paris.



La Romantique d’ère le subjugue tout entier corps et âme jusqu'aux bouts de ses vers trop verts pour certaines gens à l'esprit fermé... Ses nombreuses et fatales dépressions voire ses nombreuses crises d'angoisses peuplées d'hallucinations monstrueuses et de névroses (peurs au centuple) en quantité géante dues à cette maladie que l'on nomme souvent avec honte l'alcoolisme et qui trop souvent même par les bonnes gens soi-disant qualifiées est comprise seulement point de vue physique mais n'est pas comprise en tant que maladie de l'âme; d'origine émotionnelle cette maladie s'avère sournoise, déroutante, mortelle et incurable; seul les effets peuvent être stoppés en s'abstenant de toute boisson alcoolisée.

Pendant le laps de temps qu'il vécut avec George Sand, cette dernière décrit parfaitement dans cette gigantesque de correspondance (pour les lecteurs avertis) les symptômes, les crises de rage et les sautes d'humeur sporadiques dont est atteint Alfred; prototype parfait de la maladie de l'alcoolisme qui le mena à son dernier repos à l'âge de 46 ans ... L'alcool lui fut interdit par tous les médecins qui ont soigné De Musset; excellentissime et plausible de raisonnement mais interdire à un alcoolique actif en alcool qui ne sait pas comment ne pas ingurgiter d'alcool s'avère un dilemme complexe qui peut aller soit au suicide ou à la mort physique... Et encore pis lorsque sans comprendre ladite maladie certains médecins prescrivent à ceux-ci (les alcooliques soient actifs ou abstinents) des médications qui tout compte fait sont en réalité de l’alcool sec; tous les alcooliques sont allergiques aux médications. Plus les temps changent et plus c'est du pareil au même...
(Opinion ferme de MDLouos ou la louve effrenée de belle musicalité).



Tristesse


J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.

Alfred de Musset



"Adieu, mon frère, mon ange, mon oiseau, ma mignonnne adorée, adieu tout ce que j'aime sous ce triste ciel, tout ce que j'ai trouvé sur cette pauvre terre…"
extrait d'une lettre d'Alfred de Musset à George Sand


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MessageSujet: LE POÈTE   Jeu 28 Juin - 22:43




LE POÈTE


Du temps que j'étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s'asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
II pencha son front sur ma main,
Et resta jusqu'au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j'allais avoir quinze ans,
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d'un arbre vint s'asseoir,
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin;
Il tenait un luth d'une main,
De l'autre un bouquet d'églantine.
Il me fit un salut d'ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l'âge où l'on croit à l'amour,
J'étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux;
D'une main il montrait les cieux,
Et de l'autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve.

A l'âge où l'on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevai mon verre.
En face de moi vint s'asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit;
J'étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d'épine;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.

Je m'en suis si bien souvenu,
Que je l'ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C'est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J'ai vu partout cette ombre amie.

Lorsque plus tard, las de souffrir,
Pour renaître ou pour en finir,
J'ai voulu m'exiler de France;
Lorsqu'impatient de marcher,
J'ai voulu partir, et chercher
Les vestiges d'une espérance;

A Pise, au pied de l'Apennin;
A Cologne, en face du Rhin;
A Nice, au penchant des vallées;
A Florence, au fond des palais;
A Brigues, dans les vieux chalets;
Au sein des Alpes désolées;

A Gênes, sous les citronniers;
A Vevay, sous les verts pommiers;
Au Havre, devant l'Atlantique;
A Venise, à l'affreux Lido,
Où vient sur l'herbe d'un tombeau
Mourir la pâle Adriatique;

Partout où, sous ces vastes cieux,
J'ai lassé mon cœur et mes yeux,
Saignant d'une éternelle plaie;
Partout où le boiteux Ennui,
Traînant ma fatigue après lui,
M'a promené sur une claie;

Partout où, sans cesse altéré
De la soif d'un monde ignoré,
J'ai suivi l'ombre de mes songes;
Partout où, sans avoir vécu,
J'ai revu ce que j'avais vu,
La face humaine et ses mensonges;

Partout où, le long des chemins,
J'ai posé mon front dans mes mains,
Et sangloté comme une femme;
Partout où j'ai, comme un mouton,
Qui laisse sa laine au buisson,
Senti se dénuer mon âme;

Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Qui donc es-tu, toi que dans cette vie
Je vois toujours sur mon chemin ?
Je ne puis croire, à ta mélancolie,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience,
Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, j'aime la Providence.
Ta douleur même est sœur de ma souffrance;
Elle ressemble à l'Amitié.

Qui donc es-tu ? - Tu n'es pas mon bon ange,
Jamais tu ne viens m'avertir.
Tu vois mes maux (c'est une chose étrange !)
Et tu me regardes souffrir.
Depuis vingt ans tu marches dans ma voie,
Et je ne saurais t'appeler.
Qui donc es-tu, si c'est Dieu qui t'envoie ?
Tu me souris sans partager ma joie,
Tu me plains sans me consoler !

Ce soir encor je t'ai vu m'apparaître.
C'était par une triste nuit.
L'aile des vents battait à ma fenêtre;
J'étais seul, courbé sur mon lit.
J'y regardais une place chérie,
Tiède encor d'un baiser brûlant;
Et je songeais comme la femme oublie,
Et je sentais un lambeau de ma vie
Qui se déchirait lentement.

Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d'amour.
Tout ce passé me criait à l'oreille
Ses éternels serments d'un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées,
Qui me faisaient trembler la main
Larmes du cœur par le cœur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées
Ne reconnaîtront plus demain !

J'enveloppais dans un morceau de bure
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu'ici-bas ce qui dure,
C'est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde,
Je me perdais dans tant d'oubli.
De tous côtés j'y retournais la sonde,
Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde,
Mon pauvre amour enseveli.

J'allais poser le sceau de cire noire
Sur ce fragile et cher trésor.
J'allais le rendre, et, n'y pouvant pas croire,
En pleurant j'en doutais encor.
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu t'en souviendras !
Pourquoi, grand Dieu ! mentir à sa pensée ?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si tu n'aimais pas ?

Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures;
Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien, adieu ! Vous compterez les heures
Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce cœur de glace
Emportez l'orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous m'avez fait.

Partez, partez ! la Nature immortelle
N'a pas tout voulu vous donner.
Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner !
Allez, allez, suivez la destinée;
Qui vous perd n'a pas tout perdu.
Jetez au vent notre amour consumée;
Éternel Dieu ! toi que j'ai tant aimée,
Si tu pars, pourquoi m'aimes-tu ?

Mais tout à coup j'ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j'ai vu passer une ombre;
Elle vient s'asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir ?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?
Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image
Que j'aperçois dans ce miroir ?

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n'a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l'ombre où j'ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu'as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n'apparais qu'au jour des pleurs ?

Alfred de Musset

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MessageSujet: Jean-Baptiste Lully    Mar 7 Aoû - 16:09

Jean-Baptiste Lully



Jean-Baptiste Lully 17 ième siècle, huile sur cannevas, au Musée Condé.
Artiste-peintre: Nicolas Mignard (1606-1668).



Citation :
"Jean Baptiste Lully — né Giovanni Battista Lulli — (Florence, 28 novembre 1632 - Paris, 22 mars 1687) était un compositeur français d'origine italienne, surintendant de la Musique de Louis XIV.

Par ses dons de musicien et d'organisateur aussi bien que de courtisan et d'intriguant, Lully domina toute la vie musicale en France à l'époque du Roi-Soleil. Il fut à l'origine de plusieurs formes qu'il organisa ou conçut : la tragédie lyrique, le grand motet, l'ouverture à la française... Son influence sur toute la musique européenne de son époque fut grande, et nombreux parmi les plus doués (Henry Purcell, Georg Friedrich Haendel, Johann Sebastian Bach, Jean-Philippe Rameau) lui sont redevables à un titre ou un autre."
Source douce: Biographie de Jean-Baptiste LULLY



Jean-Baptiste Lully - Ballet des Arts


Commentaire et vidéo ajoutés par RiccardoP1983 le 16 août 2011

Citation :
"Ouverture, 00:00
L'Agriculture - Dialogue de la paix et de la félicité, 03:27
L'Agriculture - 1er air, quatre bergers et quatre bergères, 09:16
L'Agriculture - 2ème air pour les mêmes, 10:48
L'Agriculture - 3ème air pour le Roy, 11:48
L'Agriculture - 4ème air, bourrée de madame, 13:08
L'Agricolture - 5ème air, bourrée pour les mêmes, 13:34
La Navigation - Récit de Thétis, 14:44
La Navigation - 1er air, un corsaire et quatre pirates, 19:09
La Navigation - 2ème air pour les pirates, 20:18
L'Orfèvrerie - Récit de Junon, 21:18
L'Orfèvrerie - 1er air, les courtisans chargés d'orfèverie, 25:12
L'Orfèvrerie - 2ème air pour les mêmes, 26:55
La Peinture - Dialogue d'Apelle et de Zeuxis, 28:32
La Peinture - 1er air, les vallets des peintres, 32:43
La Peinture - 2ème air pour quatre peintres et deux valets, 34:23
La Peinture - 3ème air pour les peintres et quatre dames ridicules, 35:24
La Chasse - Récit de Diane, 37:02
La Chasse - 1er air, Céphale et les chasseur, 42:11
La Chasse - Air pour les chasseurs, 43:49
La Chirurgie - Récit d'Esculape, 45:21
La Chirurgie - 1er air, un chirurgien, quatre docteurs et huit estropiès, 50:49
La Chirurgie - 2ème air pour les docteurs et chirurgiens, 52:21
La Chirurgie - 3ème air pour les estropiés, 53:34
La Guerre - Dialogue de Mars et de Bellone, 55:59
La Guerre - 1er air, concert des amazones, 59:48
La Guerre - 2ème air, Pallas et quatre amazones, 01:01:54
La Guerre - 3ème et dernier air, les vertus, 01:03:09

La Simphonie du Marais, Hugo Reyne."


****************

"Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez
Ajoutez quelquefois et souvent effacez."
André Boileau



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MessageSujet: Voltaire - Candide   Jeu 4 Oct - 0:45

Voltaire - Candide



Voltaire år 1718. Porträtt av Nicolas de Largillière (född 20 oktober 1656 i Paris, död 20 mars 1746, var en fransk konstnär


Biographie de Voltaire (1694-1778)



Pour les amants du papier-lecture - Candide


Source bibliographique
Citation :
"Candide de Voltaire, Michel et Jeanne Charpentier (Balises, Editions Nathan)
Kléber Haedens  Une Histoire de la Littérature française, Grasset 1970
Le Robert des Grands Ecrivains de langue française."


**********


Pour les amants de l'audio

Partie 1 - Candide ou L'optimisme Audio Livre de Voltaire (Chs 1-18)



Commentaire et vidéo ajoutés par CCProse le  5 févr. 2012
Citation :
"Partie 1. French Audio Classic Literature VideoBook with synchronized text, interactive transcript, and closed captions in multiple languages. Audio courtesy of Librivox. Read by Bernard."


**********



« Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser les hommes. »
Voltaire in L’ingénu



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MessageSujet: Le Chêne et le Roseau - Jean de la Fontaine    Ven 2 Nov - 22:12


Illustration de Georges Fraipont



Le Chêne et le Roseau
Jean de la Fontaine (1621-1695)




Le Chêne un jour dit au Roseau :
"Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d'aventure

Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,

Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,

Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.

La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.

Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,

Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.

Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.


************************



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MessageSujet: Jacqueline du Pré - Charles Camille Saint Saëns    Dim 11 Nov - 0:35

Jacqueline du Pré / Charles Camille Saint Saëns "Carnaval des Animaux du 13-Non, Le Cygne"





Commentaire et vidéo ajoutéespar rovingeye2 le 11 févr. 2009

Citation :
" http://en.wikipedia.org/wiki/Jacqueline_du_Pr% C3% A9

Charles-Camille Saint-Saëns (9 Octobre 1835 16 Décembre 1921) est un compositeur français, organiste, chef d'orchestre et pianiste, connu surtout pour Le Carnaval des Animaux, Danse Macabre, Samson et Dalila, Havanaise, Introduction et Rondo capriccioso, et sa Symphonie n ° 3 (Symphonie avec orgue). Le Carnaval des Animaux (Le Carnaval des animaux) est une suite musicale de quatorze mouvements par le compositeur romantique français Camille Saint-Saëns. Le travail d'orchestre a une durée comprise entre 22 et 30 minutes. Le Carnaval a été composée en Février 1886, alors que Saint-Saëns était en vacances dans un petit village autrichien. Il a initialement été écrite pour un orchestre de chambre de flûte / piccolo, clarinette (si bémol et C), deux pianos, glass harmonica, xylophone, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse, mais est généralement effectuée aujourd'hui avec un orchestre de cordes , et avec un glockenspiel substituant au verre harmonica rare."


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"La faiblesse des autres peut vous détruire tout autant que leur force. Les gens faibles ne sont pas inoffensifs. Leur faiblesse peut justement être leur force."
Philip Roth




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MessageSujet: L'Alchimiste - Lapis philosophorum - La pierre philosophale   Dim 11 Nov - 1:01


L'Alchymiste, A la recherche de la pierre philosophale par Joseph Wright of Derby , 1771.

L'Alchimiste

Lapis philosophorum (latin) - La pierre philosophale

La pierre philosophale; légende alchimique arborant que ladite pierre savait transformer certains métaux de base en argent ou en or; aussi considérée comme un élixir de vie d'une vertueuse propriété pour le rajeunissement via aussi l'immortalité.

Plusieurs siècles durant cette pierre philosophale fut des plus recherchées; symboliquement causant elle s'avère aussi le symbole de la divine perfection voire l'illumination ou céleste félicité. L'Opus Magnum * fut un moyen direct pour la trouver….

Citation :
* f
Nom 1. magnum opus - une grande œuvre d'art ou de la littérature
une œuvre d'art - l'art qui est un produit de l'un des beaux-arts (en particulier une peinture ou une magnum opus
n.
1. A great work, especially a literary or artistic masterpiece.
2. The greatest single work of an artist, writer, or composer.
[Latin : magnum, neuter of magnus, great + opus, work.]
The American Heritage® Dictionary of the English Language, Fourth Edition copyright ©2000 by Houghton Mifflin Company. Updated in 2009. Published by Houghton Mifflin Company. All rights reserved. sculpture du mérite artistique).

Noun 1. magnum opus - a great work of art or literature
work of art - art that is a product of one of the fine arts (especially a painting or sculpture of artistic merit)
Based on WordNet 3.0, Farlex clipart collection. © 2003-2012 Princeton University, Farlex Inc.


**********

Le magnum opus ou opus magnum en latin, ou en français le grand œuvre ou grand art...



**********



"Hic lapis exilis extat, pretio quoque vilis, spernitur a stultis, amatur plus ab edoctis."

"Cette pierre est d'humble apparence et bon marché ; elle est méprisée par les sots et n'en est qu'aimée davantage par ceux qui savent."

In Rosaire des philosophes ou Rosarium philosophorum




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MessageSujet: Paul Claudel - Mémoires improvisées 1951-1952   Jeu 15 Nov - 14:38

Paul Claudel



Paul Claudel 6 août 1868 - 23 février 1955


Paul Caudel généalogie



*******

Larousse - Paul Claudel


*******



« Seule la rose est assez fragile pour exprimer l'éternité. »
Vers de Paul Claudel in Cent phrases pour éventails


Ledit vers est inscrit en guise d'épitaphe sur la tombe de Rosalie Scibor-Rylska à Vézelay; très grande amie de Paul Claudel avant son mariage avec Reine Sainte-Marie-Perrin mère de ses quatre enfants dont:
Citation :

Marie Claudel * 1907
Pierre Claudel * 23.07.1908 Marion Rumsey Cartier
Reine Claudel * 1910
Henri Claudel * 24.08.1912
Renée Claudel * 1917 ...
Source : Paul Claudel généalogie ci-dessus noté...

*******


L'éminent recueil de poèmes d'Arthur Rimbaud titré Illuminations fut le déclencheur physique du feu sacré inné et latent de Paul Claudel. Un peu à l'effigie de sa conversion notoire où ce fulgurant réveil spirituel lui octroyant ce don de croire en Dieu et de n'en point rougir pour le reste de sa vie. Sans honte aucune il savait proclamer sans orgueil spirituel que Dieu l'avait sauvé. Ladite conversion eut lieu lors de ses 18 ans en cette basilique où il entendit chanter par des enfants ce qu'il apprit plus tard être Le Magnificat ...


****





*******

Renée Nantet-Claudel
Fille cadette de Paul Claudel


"C'est Barrault d'ailleurs qui, avec la regrettée Jacqueline Veinstein et avec Renée Nantet, 94 ans en août, créa les Rencontres de Brangues en 1972. Le temps passa..."


Source: Ci-dessous
Citation :
"CULTURE Théâtre et Scènes S'abonner au Figaro.fr
La maison de Paul Claudel reste ouverte

Par Armelle Heliot
Mis à jour le 28/06/2011 à 14:29 | publié le 28/06/2011 à 14:28

Les Rencontres culturelles de Brangues, un moment menacées, se poursuivront dans la demeure de l'écrivain.

Lorsque l'on voit Renée Nantet-Claudel, lorsqu'on lui parle, lorsqu'on l'entend rire d'un rire franc et enfantin, on croit voir Paul Claudel. Il avait choisi Brangues, dans le Dauphiné. Il y vécut les dernières années de sa vie. Barrault, son cadet de près de quarante-trois ans, traversait les champs à pied pour venir lui parler et disputer avec lui dans la nuit étoilée. On pense à eux. C'est Barrault d'ailleurs qui, avec la regrettée Jacqueline Veinstein et avec Renée Nantet, 94 ans en août, créa les Rencontres de Brangues en 1972. Le temps passa.

Quelques années plus tard vint l'idée de créer dans ce domaine un centre culturel de rencontres qui aurait fait entrer Brangues dans un cercle prestigieux qui compte notamment la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, la Saline royale d'Arc-et-Senans. Il aurait fallu des travaux et le soutien actif des collectivités territoriales. Or, ni l'État, par la voix de la direction régionale des affaires culturelles (Drac), ni le département, ni la région, qui avait pourtant appuyé le projet, ne semblent finalement vouloir s'engager.

Le domaine appartient aux descendants de Paul Claudel, qui le gèrent, l'entretiennent. La majeure partie des droits d'auteur de l'écrivain, dont les œuvres dramatiques viennent de reparaître dans la «Pléiade», est consacrée aux travaux d'entretien. La maison est belle, le parc superbe. Mais une partie de la famille pense qu'il faut trouver une solution pérenne, ses petites-filles Violaine et Marie-Victoire en tête, qui veillent sur l'œuvre et accordent les autorisations, notamment pour le théâtre.

Christian Schiaretti, directeur du TNP, qui élabore et anime les Rencontres de Brangues depuis sept ans, était près de jeter l'éponge. Mais l'esprit de Brangues n'admet pas les défaites ou les renoncements. Le TNP de Villeurbanne sera encore de la partie. L'État et les collectivités locales sont prêts à s'engager raisonnablement. On reviendra à Brangues en 2012. Renée Nantet est rassurée. La vitalité des jeunes qui ont joué Protée, farce blagueuse et insolente de Paul Claudel, et créé Mai, juin, juillet, remarquable pièce de Denis Guénoun qui revisite 68, en fait foi…"
La maison de Paul Claudel reste ouverte




**********






"Mémoires improvisés" de Paul Claudel


Paul Claudel "entretiens" et lecture de son poème...



Citation :
"PAUL CLAUDEL
Lectures pour tous - 27/05/1954 - 09min42s


A l'occasion de la sortie de ses "Mémoires improvisés" retranscrivant les entretiens enregistrés pour la radio par Jean Amrouche , interview de l'écrivain Paul CLAUDEL.Présentation en studio de Pierre DESGRAUPES.Paul CLAUDEL, interviewé chez lui par Pierre Desgraupes (hors champ), évoque quelques souvenirs : les villes de son enfance, ses études au lycée Louis le Grand, sa conversion, sa rencontre avec MALLARME et VERLAINE, son château de Brangues et sa famille. Il lit un de ses poèmes, "L'aube de juin", puis parle des dangers de la vocation artistique et cite l'exemple de sa soeur, la sculptrice Camille CLAUDEL, qui malgré son génie et sa beauté a sombré dans le désespoir et la folie. Il évoque enfin sa pièce "Le soulier de satin", avec laquelle il a trouvé l'épanouissement de son métier et dans laquelle il a mis toute son expérience."


****





Citation :
"Les Mémoires de Paul Claudel furent vraiment improvisés.
Jean Amrouche arrivait devant les micros de la Radiodiffusion française, avec ses questions, sa documentation, préparées de longue main, son habileté - et Claudel renversait tout, sur l'instant, dans la bonhomie certes, mais aussi dans la puissance de son tempérament léonin ; Amrouche ne s'estimait pas battu, revenait, insistait, avec une obstination et une maîtrise courtoise auxquelles on ne peut que rendre hommage.
Il ne s'agit pas d'une suite d'interviews.
Le mot français " entretiens " est plus conforme à l'esprit de cette longue conversation en quarante et un épisodes, au cours de laquelle Claudel, sommé de se livrer, le fait sans s'y résoudre complètement, mais apporte suffisamment de lui-même pour que cet ouvrage à peu près unique ait une très grande importance pour la connaissance, plus en profondeur qu'il n'y paraît, d'un immense auteur.
A la lecture de ces pages en grande partie nouvelles, car l'édition de 1954 comporte de trop nombreuses erreurs de transcription et d'interprétation, on ne s'étonnera pas de trouver des " barbarismes ", des gaucheries (du moins qui apparaissent ainsi parce qu'elles sont imprimées) dues au langage parlé.
Il n'est pas facile de s'accrocher au quasi-mot à mot.
Nous n'avons pas voulu " rewriter ", comme on dit en franglais, Claudel ; Platon a transmis Socrate, mais Socrate n'écrivait pas ; seul Claudel pouvait récrire Claudel ; s'il n'en a pas vu la nécessité, il ne faut pas se substituer à lui mais le laisser parler, en rapportant ses propos d'aussi près que possible.
Louis Fournier."


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Documents d’archives - Paul Claudel



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« De même que Dieu a dit des choses qu'elles soient, le poète redit qu'elles sont. »
Paul Claudel



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MessageSujet: Charles Baudelaire   Ven 21 Déc - 0:24


Charles Baudelaire 9 avril 1821 - 31 août 1867

Petits Poèmes en prose


Le Désir de peindre - Les Bienfaits de la lune - Laquelle est la vraie ?


Les Bienfaits de la lune


La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : « Cette enfant me plaît. »

Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s’étendit sur toi avec la tendresse souple d’une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C’est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis ; et elle t’a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l’envie de pleurer.

Cependant, dans l’expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux ; et toute cette lumière vivante pensait et disait : « Tu subiras éternellement l’influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j’aime et ce qui m’aime : l’eau, les nuages, le silence et la nuit ; la mer immense et verte ; l’eau uniforme et multiforme ; le lieu où tu ne seras pas ; l’amant que tu ne connaîtras pas ; les fleurs monstrueuses ; les parfums qui font délirer ; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d’une voix rauque et douce !

« Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j’ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes ; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l’eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu’ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d’une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie. »

Et c’est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.

de Charles Beaudelaire


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Dernière édition par Marquise des Loups le Ven 21 Déc - 1:03, édité 1 fois
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MessageSujet: LE DÉSIR DE PEINDRE   Ven 21 Déc - 0:40


Madeleine dans le désert, oeuvre d'Art d'Eugène Delacroix (1845)



XXXVI

LE DÉSIR DE PEINDRE




Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire !

Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu !
Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée !

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

de Charles Beaudelaire

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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Ven 21 Déc - 0:54


L'enlèvement de Rebecca, Delacroix (1846)



XXXVIII

LAQUELLE EST LA VRAIE ?



J’ai connu une certaine Bénédicta, qui remplissait l’atmosphère d’idéal, et dont les yeux répandaient le désir de la grandeur, de la beauté, de la gloire et de tout ce qui fait croire à l’immortalité.

Mais cette fille miraculeuse était trop belle pour vivre longtemps ; aussi est-elle morte quelques jours après que j’eus fait sa connaissance, et c’est moi-même qui l’ai enterrée, un jour que le printemps agitait son encensoir jusque dans les cimetières. C’est moi qui l’ai enterrée, bien close dans une bière d’un bois parfumé et incorruptible comme les coffres de l’Inde.

Et comme mes yeux restaient fichés sur le lieu où était enfoui mon trésor, je vis subitement une petite personne qui ressemblait singulièrement à la défunte, et qui, piétinant sur la terre fraîche avec une violence hystérique et bizarre, disait en éclatant de rire : « C’est moi, la vraie Bénédicta ! C’est moi, une fameuse canaille ! Et pour la punition de ta folie et de ton aveuglement, tu m’aimeras telle que je suis ! »
Mais moi, furieux, j’ai répondu : « Non ! non ! non ! » Et pour mieux accentuer mon refus, j’ai frappé si violemment la terre du pied que ma jambe s’est enfoncée jusqu’au genou dans la sépulture récente, et que, comme un loup pris au piége, je reste attaché, pour toujours peut-être, à la fosse de l’idéal.

de Charles Beaudelaire

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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Mer 26 Déc - 14:34

Dans le désordre voici les Impressions claires et concises d'un auteur réaliste expressionniste à l'essai de l'artificiel et ses enfers paradisiaques illusoires éphémères démoniaques et paradoxalement médicinaux pour traiter certains maux...


de

Charles Baudelaire

Les Paradis artificiels

Le Poëme du Haschisch

◄ II. Qu’est-ce que le haschisch ? III. Le Théâtre de Séraphin IV. L’Homme-Dieu



III

LE THÉÂTRE DE SÉRAPHIN


Qu’éprouve-t-on ? que voit-on ? des choses merveilleuses, n’est-ce pas ? des spectacles extraordinaires ? Est-ce bien beau ? et bien terrible ? et bien dangereux ? — Telles sont les questions ordinaires qu’adressent, avec une curiosité mêlée de crainte, les ignorants aux adeptes. On dirait une enfantine impatience de savoir, comme celle des gens qui n’ont jamais quitté le coin de leur feu, quand ils se trouvent en face d’un homme qui revient de pays lointains et inconnus. Ils se figurent l’ivresse du haschisch comme un pays prodigieux, un vaste théâtre de prestidigitation et d’escamotage, où tout est miraculeux et imprévu. C’est là un préjugé, une méprise complète. Et puisque, pour le commun des lecteurs et des questionneurs, le mot haschisch comporte l’idée d’un monde étrange et bouleversé, l’attente de rêves prodigieux (il serait mieux de dire hallucinations, lesquelles sont d’ailleurs moins fréquentes qu’on ne le suppose), je ferai tout de suite remarquer l’importante différence qui sépare les effets du haschisch des phénomènes du sommeil. Dans le sommeil, ce voyage aventureux de tous les soirs, il y a quelque chose de positivement miraculeux ; c’est un miracle dont la ponctualité a émoussé le mystère. Les rêves de l’homme sont de deux classes. Les uns, pleins de sa vie ordinaire, de ses préoccupations, de ses désirs, de ses vices, se combinent d’une façon plus ou moins bizarre avec les objets entrevus dans la journée, qui se sont indiscrètement fixés sur la vaste toile de sa mémoire. Voilà le rêve naturel ; il est l’homme lui-même. Mais l’autre espèce de rêve ! le rêve absurde, imprévu, sans rapport ni connexion avec le caractère, la vie et les passions du dormeur ! ce rêve, que j’appellerai hiéroglyphique, représente évidemment le côté surnaturel de la vie, et c’est justement parce qu’il est absurde que les anciens l’ont cru divin. Comme il est inexplicable par les causes naturelles, ils lui ont attribué une cause extérieure à l’homme ; et encore aujourd’hui, sans parler des onéiromanciens, il existe une école philosophique qui voit dans les rêves de ce genre tantôt un reproche, tantôt un conseil ; en somme, un tableau symbolique et moral, engendré dans l’esprit même de l’homme qui sommeille. C’est un dictionnaire qu’il faut étudier, une langue dont les sages peuvent obtenir la clef.

Dans l’ivresse du haschisch, rien de semblable. Nous ne sortirons pas du rêve naturel. L’ivresse, dans toute sa durée, ne sera, il est vrai, qu’un immense rêve, grâce à l’intensité des couleurs et à la rapidité des conceptions ; mais elle gardera toujours la tonalité particulière de l’individu. L’homme a voulu rêver, le rêve gouvernera l’homme ; mais ce rêve sera bien le fils de son père. L’oisif s’est ingénié pour introduire artificiellement le surnaturel dans sa vie et dans sa pensée ; mais il n’est, après tout et malgré l’énergie accidentelle de ses sensations, que le même homme augmenté, le même nombre élevé à une très-haute puissance. Il est subjugué ; mais, pour son malheur, il ne l’est que par lui-même, c’est-à-dire par la partie déjà dominante de lui-même ; il a voulu faire l’ange, il est devenu une bête, momentanément très-puissante, si toutefois on peut appeler puissance une sensibilité excessive, sans gouvernement pour la modérer ou l’exploiter.

Que les gens du monde et les ignorants, curieux de connaître des jouissances exceptionnelles, sachent donc bien qu’ils ne trouveront dans le haschisch rien de miraculeux, absolument rien que le naturel excessif. Le cerveau et l’organisme sur lesquels opère le haschisch ne donneront que leurs phénomènes ordinaires, individuels, augmentés, il est vrai, quant au nombre et à l’énergie, mais toujours fidèles à leur origine. L’homme n’échappera pas à la fatalité de son tempérament physique et moral : le haschisch sera, pour les impressions et les pensées familières de l’homme un miroir grossissant, mais un pur miroir.
Voici la drogue sous vos yeux : un peu de confiture verte, gros comme une noix, singulièrement odorante, à ce point qu’elle soulève une certaine répulsion et des velléités de nausées, comme le ferait, du reste, toute odeur fine et même agréable, portée à son maximum de force et pour ainsi dire de densité. Qu’il me soit permis de remarquer, en passant, que cette proposition peut être inversée, et que le parfum le plus répugnant, le plus révoltant, deviendrait peut-être un plaisir s’il était réduit à son minimum de quantité et d’expansion. — Voilà donc le bonheur ! il remplit la capacité d’une petite cuiller ! le bonheur avec toutes ses ivresses, toutes ses folies, tous ses enfantillages ! Vous pouvez avaler sans crainte ; on n’en meurt pas. Vos organes physiques n’en recevront aucune atteinte. Plus tard peut-être un trop fréquent appel au sortilége diminuera-t-il la force de votre volonté, peut-être serez-vous moins homme que vous ne l’êtes aujourd’hui ; mais le châtiment est si lointain, et le désastre futur d’une nature si difficile à définir ! Que risquez-vous ? demain un peu de fatigue nerveuse. Ne risquez-vous pas tous les jours de plus grands châtiments pour de moindres récompenses ? Ainsi, c’est dit : « Vous avez même, pour lui donner plus de force et d’expansion, délayé votre dose d’extrait gras dans une tasse de café noir ; vous avez pris soin d’avoir l’estomac libre, reculant vers neuf ou dix heures du soir le repas substantiel, pour livrer au poison toute liberté d’action ; tout au plus dans une heure prendrez-vous une légère soupe. Vous êtes maintenant suffisamment lesté pour un long et singulier voyage. La vapeur a sifflé, la voilure est orientée, et vous avez sur les voyageurs ordinaires ce curieux avantage d’ignorer où vous allez. Vous l’avez voulu ; vivre la fatalité !

Je présume que vous avez eu la précaution de bien choisir votre moment pour cette aventureuse expédition. Toute débauche parfaite a besoin d’un parfait loisir. Vous savez d’ailleurs que le haschisch crée l’exagération non-seulement de l’individu, mais aussi de la circonstance et du milieu ; vous n’avez pas de devoirs à accomplir exigeant de la ponctualité, de l’exactitude ; point de chagrins de famille ; point de douleurs d’amour. Il faut y prendre garde. Ce chagrin, cette inquiétude, ce souvenir d’un devoir qui réclame votre volonté et votre attention à une minute déterminée, viendraient sonner comme un glas à travers votre ivresse et empoisonneraient votre plaisir. L’inquiétude deviendrait angoisse ; le chagrin, torture. Si, toutes ces conditions préalables observées, le temps est beau, si vous êtes situé dans un milieu favorable, comme un paysage pittoresque ou un appartement poétiquement décoré, si de plus vous pouvez espérer un peu de musique, alors tout est pour le mieux.

Il y a généralement dans l’ivresse du haschisch trois phases assez faciles à distinguer, et ce n’est pas une chose peu curieuse à observer, chez les novices, que les premiers symptômes de la première phase. Vous avez entendu parler vaguement des merveilleux effets du haschisch ; votre imagination a préconçu une idée particulière, quelque chose comme un idéal d’ivresse ; il vous tarde de savoir si la réalité sera décidément à la hauteur de votre espérance. Cela suffit pour vous jeter dès le commencement dans un état anxieux, assez favorable à l’humeur conquérante et envahissante du poison. La plupart des novices, au premier degré d’initiation, se plaignent de la lenteur des effets ; ils les attendent avec une impatience puérile, et, la drogue n’agissant pas assez vite à leur gré, ils se livrent à des fanfaronnades d’incrédulité qui sont fort réjouissantes pour les vieux initiés qui savent comment le haschisch se gouverne. Les premières atteintes, comme les symptômes d’un orage longtemps indécis, apparaissent et se multiplient au sein même de cette incrédulité. C’est d’abord une certaine hilarité, saugrenue, irrésistible, qui s’empare de vous. Ces accès de gaieté non motivée, dont vous êtes presque honteux, se reproduisent fréquemment et coupent des intervalles de stupeur pendant lesquels vous cherchez en vain à vous recueillir. Les mots les plus simples, les idées les plus triviales prennent une physionomie bizarre et nouvelle ; vous vous étonnez même de les avoir jusqu’à présent trouvés si simples. Des ressemblances et des rapprochements incongrus, impossibles à prévoir, des jeux de mots interminables, des ébauches de comique, jaillissent continuellement de votre cerveau. Le démon vous a envahi ; il est inutile de regimber contre cette hilarité, douloureuse comme un chatouillement. De temps en temps vous riez de vous-même, de votre niaiserie et de votre folie, et vos camarades, si vous en avez, rient également de votre état et du leur ; mais, comme ils sont sans malice, vous êtes sans rancune.

Cette gaieté, tour à tour languissante ou poignante, ce malaise dans la joie, cette insécurité, cette indécision de la maladie, ne durent généralement qu’un temps assez court. Bientôt les rapports d’idées deviennent tellement vagues, le fil conducteur qui relie vos conceptions si ténu, que vos complices seuls peuvent vous comprendre. Et encore, sur ce sujet et de ce côté, aucun moyen de vérification ; peut-être croient-ils vous comprendre, et l’illusion est-elle réciproque. Cette folâtrerie et ces éclats de rire, qui ressemblent à des explosions, apparaissent comme une véritable folie, au moins comme une niaiserie de maniaque, à tout homme qui n’est pas dans le même état que vous. De même la sagesse et le bon sens, la régularité des pensées chez le témoin prudent qui ne s’est pas enivré, vous réjouit et vous amuse comme un genre particulier de démence. Les rôles sont intervertis. son sang-froid vous pousse aux dernières limites de l’ironie. N’est-ce pas une situation mystérieusement comique que celle d’un homme qui jouit d’une gaieté incompréhensible pour qui ne s’est pas placé dans le même milieu que lui ? Le fou prend le sage en pitié, et dès lors l’idée de sa supériorité commence à poindre à l’horizon de son intellect. Bientôt elle grandira, grossira et éclatera comme un météore.

J’ai été témoin d’une scène de ce genre qui a été poussée fort loin, et dont le grotesque n’était intelligible que pour ceux qui connaissaient, au moins par l’observation sur autrui, les effets de la substance et la différence énorme de diapason qu’elle crée entre deux intelligences supposées égales. Un musicien célèbre, qui ignorait les propriétés du haschisch, qui peut-être n’en avait jamais entendu parler, tombe au milieu d’une société dont plusieurs personnes en avaient pris. On essaye de lui en faire comprendre les merveilleux effets. À ces prodigieux récits, il sourit avec grâce, par complaisance, comme un homme qui veut bien poser pendant quelques minutes. sa méprise est vite devinée par ces esprits que le poison a aiguisés, et les rires le blessent. Ces éclats de joie, ces jeux de mots, ces physionomies altérées, toute cette atmosphère malsaine l’irrite et le pousse à déclarer, plus tôt peut-être qu’il n’aurait voulu, que cette charge d’artiste est mauvaise, et que d’ailleurs elle doit être bien fatigante pour ceux qui l’ont entreprise. Le comique illumina tous les esprits comme un éclair. Ce fut un redoublement de joie. « Cette charge peut être bonne pour vous, dit-il, mais pour moi, non. » — « Il suffit qu’elle soit bonne pour nous, » réplique en égoïste un des malades. Ne sachant s’il a affaire à de véritables fous ou à des gens qui simulent la folie, notre homme croit que le parti le plus sage est de se retirer ; mais quelqu’un ferme la porte et cache la clef. Un autre, s’agenouillant devant lui, lui demande pardon au nom de la société, et lui déclare insolemment, mais avec larmes, que, malgré son infériorité spirituelle, qui peut-être excite un peu de pitié, tous sont pénétrés pour lui d’une amitié profonde. Celui-ci se résigne à rester, et même il condescend, sur des prières instantes, à faire un peu de musique. Mais les sons du violon, en se répandant dans l’appartement comme une nouvelle contagion, empoignaient (le mot n’est pas trop fort) tantôt un malade, tantôt un autre. C’étaient des soupirs rauques et profonds, des sanglots soudains, des ruisseaux de larmes silencieuses. Le musicien épouvanté s’arrête, et, s’approchant de celui dont la béatitude faisait le plus de tapage, lui demande s’il souffre beaucoup et ce qu’il faudrait faire pour le soulager. Un des assistants, un homme pratique, propose de la limonade et des acides. Mais le malade, l’extase dans les yeux, les regarde tous deux avec un indicible mépris. Vouloir guérir un homme malade de trop de vie, malade de joie !

Comme on le voit par cette anecdote, la bienveillance tient une assez grande place dans les sensations causées par le haschisch ; une bienveillance molle, paresseuse, muette, et dérivant de l’attendrissement des nerfs. À l’appui de cette observation, une personne m’a raconté une aventure qui lui était arrivée dans cet état d’ivresse ; et comme elle avait gardé un souvenir très-exact de ses sensations, je compris parfaitement dans quel embarras grotesque, inextricable, l’avait jetée cette différence de diapason et de niveau dont je parlais tout à l’heure. Je ne me rappelle pas si l’homme en question en était à sa première ou à sa seconde expérience. Avait-il pris une dose un peu trop forte, ou le haschisch avait-il produit, sans l’aide d’aucune cause apparente (ce qui arrive fréquemment), des effets beaucoup plus vigoureux ? Il me raconta qu’à travers sa jouissance, cette jouissance suprême de se sentir plein de vie et de se croire plein de génie, il avait tout d’un coup rencontré un sujet de terreur. D’abord ébloui par la beauté de ses sensations, il en avait été subitement épouvanté. Il s’était demandé ce que deviendraient son intelligence et ses organes, si cet état, qu’il prenait pour un état surnaturel, allait toujours s’aggravant, si ses nerfs devenaient toujours de plus en plus délicats. Par la faculté de grossissement que possède l’œil spirituel du patient, cette peur doit être un supplice ineffable. « J’étais, disait-il, comme un cheval emporté et courant vers un abîme, voulant s’arrêter, mais ne le pouvant pas. En effet, c’était un galop effroyable, et ma pensée, esclave de la circonstance, du milieu, de l’accident et de tout ce qui peut être impliqué dans le mot hasard, avait pris un tour purement et absolument rapsodique. Il est trop tard ! me répétais-je sans cesse avec désespoir. Quand cessa ce mode de sentir, qui me parut durer un temps infini et qui n’occupa peut-être que quelques minutes, quand je crus pouvoir enfin me plonger dans la béatitude, si chère aux Orientaux, qui succède à cette phase furibonde, je fus accablé d’un nouveau malheur. Une nouvelle inquiétude, bien triviale et bien puérile ; s’abattit sur moi. Je me souvins tout d’un coup que j’étais invité à un dîner, à une soirée d’hommes sérieux. Je me vis à l’avance au milieu d’une foule sage et discrète, où chacun est maître de soi-même, obligé de cacher soigneusement l’état de mon esprit sous l’éclat des lampes nombreuses. Je croyais bien que j’y réussirais, mais aussi je me sentais presque défaillir en pensant aux efforts de volonté qu’il me faudrait déployer. Par je ne sais quel accident, les paroles de l’Évangile : « Malheur à celui par qui le scandale arrive ! » venaient de surgir dans ma mémoire, et tout en voulant les oublier, en m’appliquant à les oublier, je les répétais sans cesse dans mon esprit. Mon malheur (car c’était un véritable malheur) prit alors des proportions grandioses. Je résolus, malgré ma faiblesse, de faire acte d’énergie et de consulter un pharmacien ; car j’ignorais les réactifs, et je voulais aller, l’esprit libre et dégagé, dans le monde, où m’appelait, mon devoir. Mais sur le seuil de la boutique une pensée soudaine me prit, qui m’arrêta quelques instants et me donna à réfléchir. Je venais de me regarder, en passant, dans la glace d’une devanture, et mon visage m’avait étonné. Cette pâleur, ces lèvres rentrées, ces yeux agrandis ! « Je vais inquiéter ce brave homme, me dis-je, et pour quelle niaiserie ! » Ajoutez à cela le sentiment du ridicule que je voulais éviter, la crainte de trouver du monde dans la boutique. Mais ma bienveillance soudaine pour cet apothicaire inconnu dominait tous mes autres sentiments. Je me figurais cet homme aussi sensible que je l’étais moi-même en cet instant funeste, et, comme je m’imaginais aussi que son oreille et son âme devaient, comme les miennes, vibrer au moindre bruit, je résolus d’entrer chez lui sur la pointe du pied. Je ne saurais, me disais-je, montrer trop de discrétion chez un homme dont je vais alarmer la charité. Et puis je me promettais d’éteindre le son de ma voix comme le bruit de mes pas ; vous la connaissez, cette voix du haschisch ? grave, profonde, gutturale, et ressemblant beaucoup à celle des vieux mangeurs d’opium. Le résultat fut le contraire de ce que je voulais obtenir. Décidé à rassurer le pharmacien, je l’épouvantai. Il ne connaissait rien de cette maladie, n’en avait jamais entendu parler. Cependant il me regardait avec une curiosité fortement mêlée de défiance. Me prenait-il pour un fou, un malfaiteur qu’un mendiant ? Ni ceci, ni cela, sans doute ; mais toutes ces idées absurdes traversèrent mon cerveau. Je fus obligé de lui expliquer longuement (quelle fatigue !) ce que c’était que la confiture de chanvre et à quel usage cela servait, lui répétant sans cesse qu’il n’y avait pas de danger, qu’il n’y avait pas, pour lui, de raison de s’alarmer, et que je ne demandais qu’un moyen d’adoucissement ou de réaction, insistant fréquemment sur le chagrin sincère que j’éprouvais de lui causer de l’ennui. Enfin, — comprenez bien toute l’humiliation contenue pour moi dans ces paroles, — il me pria simplement de me retirer. Telle fut la récompense de ma charité et de ma bienveillance exagérées. J’allai à ma soirée ; je ne scandalisai personne. Nul ne devina les efforts surhumains qu’il me fallut faire pour ressembler à tout le monde. Mais je n’oublierai jamais les tortures d’une ivresse ultra-poétique, gênée par le décorum et contrariée par un devoir ! »

Quoique naturellement porté à sympathiser avec toutes les douleurs qui naissent de l’imagination, je ne pus m’empêcher de rire de ce récit. L’homme qui me le faisait n’est pas corrigé. Il a continué à demander à la confiture maudite l’excitation qu’il faut trouver en soi-même ; mais comme c’est un homme prudent, rangé, un homme du monde, il a diminué les doses, ce qui lui a permis d’en augmenter la fréquence. Il appréciera plus tard les fruits pourris de son hygiène.

Je reviens au développement régulier de l’ivresse. Après cette première phase de gaieté enfantine, il y a comme un apaisement momentané. Mais de nouveaux événements s’annoncent bientôt par une sensation de fraîcheur aux extrémités (qui peut même devenir un froid très-intense chez quelques individus) et une grande faiblesse dans tous les membres ; vous avez alors des mains de beurre, et dans votre tête, dans tout votre être, vous sentez une stupeur et une stupéfaction embarrassantes. Vos yeux s’agrandissent ; ils sont comme tirés dans tous les sens par une extase implacable. Votre face s’inonde de pâleur. Les lèvres se rétrécissent et vont rentrant dans la bouche, avec ce mouvement d’anhélation qui caractérise l’ambition d’un homme en proie à de grands projets, oppressé par de vastes pensées, ou rassemblant sa respiration pour prendre son élan. La gorge se ferme, pour ainsi dire. Le palais est desséché par une soif qu’il serait infiniment doux de satisfaire, si les délices de la paresse n’étaient pas plus agréables et ne s’opposaient pas au moindre dérangement du corps. Des soupirs rauques et profonds s’échappent de votre poitrine, comme si votre ancien corps ne pouvait pas supporter les désirs et l’activité de votre âme nouvelle. De temps à autre, une secousse vous traverse et vous commande un mouvement involontaire, comme ces soubresauts qui, à la fin d’une journée de travail ou dans une nuit orageuse, précèdent le sommeil définitif.

Avant d’aller plus loin, je veux, à propos de cette sensation de fraîcheur dont je parlais plus haut, raconter encore une anecdote qui servira à montrer jusqu’à quel point les effets, même purement physiques, peuvent varier suivant les individus. Cette fois, c’est un littérateur qui parle, et en quelques passages de son récit on pourra, je crois, trouver les indices d’un tempérament littéraire.
« J’avais, me dit celui-ci, pris une dose modérée d’extrait gras, et tout allait pour le mieux. La crise de gaieté maladive avait duré peu de temps, et je me trouvais dans un état de langueur et d’étonnement qui était presque du bonheur. Je me promettais donc une soirée tranquille et sans soucis. Malheureusement le hasard me contraignit à accompagner quelqu’un au spectacle. Je pris mon parti en brave, résolu à déguiser mon immense désir de paresse et d’immobilité. Toutes les voitures de mon quartier se trouvant retenues, il fallut me résigner à faire un long trajet à pied, à traverser les bruits discordants des voitures, les conversations stupides des passants, tout un océan de trivialités. Une légère fraîcheur s’était déjà manifestée au bout de mes doigts ; bientôt elle se transforma en un froid très vif, comme si j’avais les deux mains plongées dans un seau d’eau glacée. Mais ce n’était pas une souffrance ; cette sensation presque aiguë me pénétrait plutôt comme une volupté. Cependant il me semblait que ce froid m’envahissait de plus en plus, au fur et à mesure de cet interminable voyage. Je demandai deux ou trois fois à la personne que j’accompagnais s’il faisait réellement très froid ; il me fut répondu qu’au contraire la température était plus que tiède. Installé enfin dans la salle, enfermé dans la boîte qui m’était destinée, avec trois ou quatre heures de repos devant moi, je me crus arrivé à la terre promise. Les sentiments que j’avais refoulés pendant la route, avec toute la pauvre énergie dont je pouvais disposer, firent donc irruption, et je m’abandonnai librement à ma muette frénésie. Le froid augmentait toujours, et cependant je voyais des gens légèrement vêtus, ou même s’essuyant le front avec un air de fatigue. Cette idée réjouissante me prit, que j’étais un homme privilégié, à qui seul était accordé le droit d’avoir froid en été dans une salle de spectacle. Ce froid s’accroissait au point de devenir alarmant ; mais j’étais avant tout dominé par la curiosité de savoir jusqu’à quel degré il pourrait descendre. Enfin il vint à un tel point, il fut si complet, si général, que toutes mes idées se congelèrent, pour ainsi dire ; j’étais un morceau de glace pensant ; je me considérais comme une statue taillée dans un bloc de glace ; et cette folle hallucination me causait une fierté, excitait en moi un bien-être moral que je ne saurais vous définir. Ce qui ajoutait à mon abominable jouissance était la certitude que tous les assistants ignoraient ma nature et quelle supériorité j’avais sur eux ; et puis le bonheur de penser que mon camarade ne s’était pas douté un seul instant de quelles bizarres sensations j’étais possédé ! Je tenais la récompense de ma dissimulation, et ma volupté exceptionnelle était un vrai secret.

« Du reste, j’étais à peine entré dans ma loge que mes yeux avaient été frappés d’une impression de ténèbres qui me paraît avoir quelque parenté avec l’idée de froid. Il se peut bien que ces deux idées se soient prêté réciproquement de la force. Vous savez que le haschisch invoque toujours des magnificences de lumière, des splendeurs glorieuses, des cascades d’or liquide ; toute lumière lui est bonne, celle qui ruisselle en nappe et celle qui s’accroche comme du paillon aux pointes et aux aspérités, les candélabres des salons, les cierges du mois de Marie, les avalanches de rose dans les couchers de soleil. Il paraît que ce misérable lustre répandait une lumière bien insuffisante pour cette soif insatiable de clarté ; je crus entrer, comme je vous l’ai dit, dans un monde de ténèbres, qui d’ailleurs s’épaissirent graduellement, pendant que je rêvais nuit polaire et hiver éternel. Quant à la scène (c’était une scène consacrée au genre comique), elle seule était lumineuse, infiniment petite et située loin, très loin, comme au bout d’un immense stéréoscope. Je ne vous dirai pas que j’écoutais les comédiens, vous savez que cela est impossible ; de temps en temps ma pensée accrochait au passage un lambeau de phrase, et, semblable à une danseuse habile, elle s’en servait comme d’un tremplin pour bondir dans des rêveries très lointaines. On pourrait supposer qu’un drame, entendu de cette façon, manque de logique et d’enchainement ; détrompez-vous ; je découvrais un sens très subtil dans le drame créé par ma distraction. Rien ne m’en choquait, et je ressemblais un peu à ce poëte qui, voyant jouer Esther pour la première fois, trouvait tout naturel qu’Aman fît une déclaration d’amour à la reine. C’était, comme on le devine, l’instant où celui-ci se jette aux pieds d’Esther pour implorer le pardon de ses crimes. Si tous les drames étaient entendus selon cette méthode, ils y gagneraient de grandes beautés, même ceux de Racine.

« Les comédiens me semblaient excessivement petits et cernés d’un contour précis et soigné, comme les figures de Meissonier. Je voyais distinctement, non seulement les détails les plus minutieux de leurs ajustements, comme dessins d’étoffe, coutures, boutons, etc., mais encore la ligne de séparation du faux front d’avec le véritable, le blanc, le bleu et le rouge, et tous les moyens de grimage. Et ces lilliputiens étaient revêtus d’une clarté froide et magique, comme celle qu’une vitre très-nette ajoute à une peinture à l’huile. Lorsque je pus enfin sortir de ce caveau de ténèbres glacées et que, la fantasmagorie intérieure se dissipant, je fus rendu à moi-même, j’éprouvai une lassitude plus grande que ne m’en a jamais causé un travail tendu et forcé. "

C’est en effet à cette période de l’ivresse que se manifeste une finesse nouvelle, une acuité supérieure dans tous les sens. L’odorat, la vue, l’ouïe, le toucher participent également à ce progrès. Les yeux visent l’infini. L’oreille perçoit des sons presque insaisissables au milieu du plus vaste tumulte. C’est alors que commencent les hallucinations. Les objets extérieurs prennent lentement, successivement, des apparences singulières ; ils se déforment et se transforment. Puis arrivent les équivoques, les méprises et les transpositions d’idées. Les sons se revêtent de couleurs, et les couleurs contiennent une musique. Cela, dira-t-on, n’a rien que de fort naturel, et tout cerveau poétique, dans son état sain et normal, conçoit facilement ces analogies. Mais j’ai déjà averti le lecteur qu’il n’y avait rien de positivement surnaturel dans l’ivresse du haschisch ; seulement, ces analogies revêtent alors une vivacité inaccoutumée ; elles pénètrent, elles envahissent, elles accablent l’esprit de leur caractère despotique. Les notes musicales deviennent des nombres, et si votre esprit est doué de quelque aptitude mathématique, la mélodie, l’harmonie écoutée, tout en gardant son caractère voluptueux et sensuel, se transforme en une vaste opération arithmétique, où les nombres engendrent les nombres, et dont vous suivez les phases et la génération avec une facilité inexplicable et une agilité égale à celle de l’exécutant.
Il arrive quelquefois que la personnalité disparaît et que l’objectivité, qui est le propre des poëtes panthéistes, se développe en vous si anormalement, que la contemplation des objets extérieurs vous fait oublier votre propre existence, et que vous vous confondez bientôt avec eux. Votre œil se fixe sur un arbre harmonieux courbé par le vent ; dans quelques secondes, ce qui ne serait dans le cerveau d’un poëte qu’une comparaison fort naturelle deviendra dans le vôtre une réalité. Vous prêtez d’abord à l’arbre vos passions, votre désir ou votre mélancolie ; ses gémissements et ses oscillations deviennent les vôtres, et bientôt vous êtes l’arbre. De même, l’oiseau qui plane au fond de l’azur représente d’abord l’immortelle envie de planer au-dessus des choses humaines ; mais déjà vous êtes l’oiseau lui-même. Je vous suppose assis et fumant. Votre attention se reposera un peu trop longtemps sur les nuages bleuâtres qui s’exhalent de votre pipe. L’idée d’une évaporation, lente, successive, éternelle, s’emparera de votre esprit, et vous appliquerez bientôt cette idée à vos propres pensées, à votre matière pensante. Par une équivoque singulière, par une espèce de transposition ou de quiproquo intellectuel, vous vous sentirez vous évaporant, et vous attribuerez à votre pipe (dans laquelle vous vous sentez accroupi et ramassé comme le tabac) l’étrange faculté de vous fumer.

Par bonheur, cette interminable imagination n’a duré qu’une minute, car un intervalle de lucidité, avec un grand effort, vous a permis d’examiner la pendule. Mais un autre courant d’idées vous emporte ; il vous roulera une minute encore dans son tourbillon vivant, et cette autre minute sera une autre éternité. Car les proportions du temps et de l’être sont complètement dérangées par la multitude et l’intensité des sensations et des idées. On dirait qu’on vit plusieurs vies d’homme en l’espace d’une heure. N’êtes-vous pas alors semblable à un roman fantastique qui serait vivant au lieu d’être écrit? Il n’y a plus équation entre les organes et les jouissances ; et c’est surtout de cette considération que surgit le blâme applicable à ce dangereux exercice où la liberté disparaît.
Quand je parle d’hallucinations, il ne faut pas prendre le mot dans son sens le plus strict. Une nuance très importante distingue l’hallucination pure, telle que les médecins ont souvent occasion de l’étudier, de l’hallucination ou plutôt de la méprise des sens dans l’état mental occasionné par le haschisch. Dans le premier cas, l’hallucination est soudaine, parfaite et fatale ; de plus, elle ne trouve pas de prétexte ni d’excuse dans le monde des objets extérieurs. Le malade voit une forme, entend des sons où il n’y en a pas. Dans le second cas, l’hallucination est progressive, presque volontaire, et elle ne devient parfaite, elle ne se mûrit que par l’action de l’imagination. Enfin elle a un prétexte. Le son parlera, dira des choses distinctes, mais il y avait un son. L’œil ivre de l’homme pris de haschisch verra des formes étranges ; mais, avant d’être étranges ou monstrueuses, ces formes étaient simples et naturelles. L’énergie, la vivacité vraiment parlante de l’hallucination dans l’ivresse n’infirme en rien cette différence originelle. Celle-là a une racine dans le milieu ambiant et dans le temps présent, celle-ci n’en a pas.

Pour mieux faire comprendre ce bouillonnement d’imagination, cette maturation du rêve et cet enfantement poétique auquel est condamné un cerveau intoxiqué par le haschisch, je raconterai encore une anecdote. Cette fois, ce n’est pas un jeune homme oisif qui parle, ce n’est pas non plus un homme de lettres ; c’est une femme, une femme un peu mûre, curieuse, d’un esprit excitable, et qui, ayant cédé à l’envie de faire connaissance avec le poison, décrit ainsi, pour une autre dame, la principale de ses visions. Je transcris littéralement :
" Quelque bizarres et nouvelles que soient les sensations que j’ai tirées de ma folie de douze heures (douze ou vingt ? en vérité, je n’en sais rien), je n’y reviendrai plus. L’excitation spirituelle est trop vive, la fatigue qui en résulte trop grande ; et, pour tout dire, je trouve dans cet enfantillage quelque chose de criminel. Enfin je cédai à la curiosité ; et puis c’était une folie en commun, chez de vieux amis, où je ne voyais pas grand mal à manquer un peu de dignité. Avant tout je dois vous dire que ce maudit haschisch est une substance bien perfide ; on se croit quelquefois débarrassé de l’ivresse, mais ce n’est qu’un calme menteur. Il y a des repos, et puis des reprises. Ainsi, vers dix heures du soir, je me trouvai dans un de ces états momentanés ; je me croyais délivrée de cette surabondance de vie qui m’avait causé tant de jouissances, il est vrai, mais qui n’était pas sans inquiétude et sans peur. Je me mis à souper avec plaisir, comme harassée par un long voyage. Car jusqu’alors, par prudence, je m’étais abstenue de manger. Mais, avant même de me lever de table, mon délire m’avait rattrapée, comme un chat une souris, et le poison se mit de nouveau à jouer avec ma pauvre cervelle. Bien que ma maison soit à peu de distance du château de nos amis, et qu’il y eût une voiture à mon service, je me sentis tellement accablée du besoin de rêver et de m’abandonner à cette irrésistible folie, que j’acceptai avec joie l’offre qu’ils me firent de me garder jusqu’au lendemain. Vous connaissez le château ; vous savez que l’on a arrangé, habillé et réconforté à la moderne toute la partie habitée par les maîtres du lieu, mais que la partie généralement inhabitée a été laissée telle quelle, avec son vieux style et ses vieilles décorations. Il fut résolu qu’on improviserait pour moi une chambre à coucher dans cette partie du château, et l’on choisit à cet effet la chambre la plus petite, une espèce de. boudoir un peu fané et décrépit, qui n’en est pas moins charmant. Il faut que je vous le décrive tant bien que mal, pour que vous compreniez la singulière vision dont j’ai été la victime, vision qui m’a occupée une nuit entière, sans que j’aie eu le loisir de m’apercevoir de la fuite des heures.

« Ce boudoir est très petit, très étroit. À la hauteur de la corniche le plafond s’arrondit en voûte ; les murs sont recouverts de glaces étroites et allongées, séparées par des panneaux où sont peints des paysages dans le style lâché des décors. À la hauteur de la corniche, sur les quatre murs, sont représentées diverses figures allégoriques, les unes dans des attitudes reposées, les autres courant ou voltigeant. Au-dessus d’elles, quelques oiseaux brillants et des fleurs. Derrière les figures s’élève un treillage peint en trompe-l’œil, et suivant naturellement la courbe du plafond. Ce plafond est doré. Tous les interstices entre les baguettes et les figures sont donc recouverts d’or, et au centre l’or n’est interrompu que par le lacis géométrique du treillage simulé. Vous voyez que cela ressemble un peu à une cage très-distinguée, à une très-belle cage pour un très-grand oiseau. Je dois ajouter que la nuit était très-belle, très-transparente, la lune très-vive, à ce point que, même après que j’eus éteint la bougie, toute cette décoration resta visible, non illuminée par l’œil de mon esprit, comme vous pourriez le croire, mais éclairée par cette belle nuit, dont les lueurs s’accrochaient à toute cette broderie d’or, de miroirs et de couleurs bariolées.
« Je fus d’abord très étonnée de voir de grands espaces s’étendre devant moi, à côté de moi, de tous côtés ; c’étaient des rivières limpides et des paysages verdoyants se mirant dans des eaux tranquilles. Vous devinez ici l’effet des panneaux répercutés par les miroirs. En levant les yeux, je vis un soleil couchant semblable à du métal en fusion qui se refroidit. C’était l’or du plafond ; mais le treillage me donna à penser que j’étais dans une espèce de cage ou de maison ouverte de tous côtés sur l’espace, et que je n’étais séparée de toutes ces merveilles que par les barreaux de ma magnifique prison. Je riais d’abord de mon illusion ; mais plus je regardais, plus la magie augmentait, plus elle prenait de vie, de transparence et de despotique réalité. Dès lors l’idée de claustration domina mon esprit, sans trop nuire, je dois le dire, aux plaisirs variés que je tirais du spectacle tendu autour et au-dessus de moi. Je me considérais comme enfermée pour longtemps, pour des milliers d’années peut-être, dans cette cage somptueuse, au milieu de ces paysages féeriques, entre ces horizons merveilleux.

Je rêvai de Belle au bois donnant, d’expiation à subir, de rature délivrance. Au-dessus de ma tête voltigeaient des oiseaux brillants des tropiques, et comme mon oreille percevait le son des clochettes au cou. des chevaux qui cheminaient au loin sur la grande route, les deux sens fondant leurs impressions en une idée unique, j’attribuais aux oiseaux ce chant mystérieux du cuivre, et je croyais qu’ils chantaient avec un gosier de métal. Évidemment ils causaient de moi et ils célébraient ma captivité. Des singes gambadants, des satyres bouffons semblaient s’amuser de cette prisonnière étendue, condamnée à l’immobilité. Mais toutes les divinités mythologiques me regardaient avec un charmant sourire, comme pour m’encourager à supporter patiemment le sortilège, et toutes les prunelles glissaient dans le coin des paupières comme pour s’attacher à mon regard. J’en conclus que si des fautes anciennes, si quelques péchés inconnus à moi-même, avaient nécessité ce châtiment temporaire, je pouvais compter cependant sur une bonté supérieure, qui, tout en me condamnant à la prudence, m’offrirait des plaisirs plus graves que les plaisirs de poupée qui remplissent notre jeunesse. Vous voyez que les considérations morales n’étaient pas absentes de mon rêve ; mais je dois avouer que le plaisir de contempler ces formes et ces couleurs brillantes, et de me croire le centre d’un drame fantastique, absorbait fréquemment toutes mes autres pensées. Cet état dura longtemps, fort longtemps… Dura-t-il jusqu’au matin ? je l’ignore. Je vis tout d’un coup le soleil matinal installé dans ma chambre ; j’éprouvai un vif étonnement, et malgré tous les efforts de mémoire que j’ai pu faire, il m’a été impossible de savoir si j’avais dormi ou si j’avais subi patiemment une insomnie délicieuse. Tout à l’heure, c’était la nuit, et maintenant le jour ! Et cependant j’avais vécu longtemps, oh ! très longtemps !… La notion du temps ou plutôt la mesure du temps étant abolie, la nuit entière n’était mesurable pour moi que par la multitude de mes pensées. si longue qu’elle dût me paraître à ce point de vue, il me semblait toutefois qu’elle n’avait duré que quelques secondes, ou même qu’elle n’avait pas pris place dans l’éternité.

« Je ne vous parle pas de ma fatigue…, elle fut immense.
On dit que l’enthousiasme des poëtes et des créateurs ressemble à ce que j’ai éprouvé, bien que je me sois toujours figuré que les gens chargés de nous émouvoir dussent être doués d’un tempérament très calme ; mais si le délire poétique ressemble à celui que m’a procuré une petite cuillerée de confiture, je pense que les plaisirs du public coûtent bien cher aux poëtes, et ce n’est pas sans un certain bien être, une satisfaction prosaïque, que je me suis enfin sentie chez moi, dans mon chez moi intellectuel, je veux dire dans la vie réelle. " Voilà une femme évidemment raisonnable ; mais nous ne nous servirons de son récit que pour en tirer quelques notes utiles qui compléteront cette description très sommaire des principales sensations engendrées par le haschisch.

Elle a parlé du souper comme d’un plaisir arrivant fort à propos, au moment où une embellie momentanée, mais qui semblait définitive, lui permettait de rentrer dans la vie réelle. En effet, il y a, comme je l’ai dit, des intermittences et des calmes trompeurs, et souvent le haschisch détermine une faim vorace, presque toujours une soif excessive. seulement le dîner ou le souper, au lieu d’amener un repos définitif, crée ce redoublement nouveau, cette crise vertigineuse dont se plaignait cette dame, et qui a été suivie par une série de visions enchanteresses, légèrement teintées de frayeur, auxquelles elle s’était positivement et de fort bonne grâce résignée. La faim et la soif tyranniques dont il est question ne trouvent pas à s’assouvir sans un certain labeur. Car l’homme se sent tellement au-dessus des choses matérielles, ou plutôt il est tellement accablé par son ivresse, qu’il lui faut développer un long courage pour remuer une bouteille ou une fourchette.

La crise définitive déterminée par la digestion des aliments est en effet très violente : il est impossible de lutter ; et un pareil état ne serait pas supportable s’il durait trop longtemps et s’il ne faisait bientôt place à une autre phase de l’ivresse, qui, dans le cas précité, s’est traduite par des visions splendides, doucement terrifiantes et en même temps pleines de consolations. Cet état nouveau est ce que les Orientaux appellent le kief. Ce n’est plus quelque chose de tourbillonnant et de tumultueux ; c’est une béatitude calme et immobile, une résignation glorieuse. Depuis longtemps vous n’êtes plus votre maître, mais vous ne vous en affligez plus. La douleur et l’idée du temps ont disparu, ou si quelquefois elles osent se produire, ce n’est que transfigurées par la sensation dominante ; et elles sont alors, relativement à leur forme habituelle ce que la mélancolie poétique est à la douleur positive.

Mais, avant tout, remarquons que dans le récit de cette dame (c’est dans ce but que je l’ai transcrit), l’hallucination est d’un genre bâtard, et tire sa raison d’être du spectacle extérieur ; l’esprit n’est qu’un miroir où le milieu environnant se reflète transformé d’une manière outrée. Ensuite, nous voyons intervenir ce que j’appellerais volontiers l’hallucination morale : le sujet se croit soumis à une expiation ; mais le tempérament féminin, qui est peu propre à l’analyse, ne lui a pas permis de noter le singulier caractère optimiste de ladite hallucination. Le regard bienveillant des divinités de l’Olympe est poétisé par un vernis essentiellement haschischin. Je ne dirai pas que cette dame a côtoyé le remords ; mais ses pensées, momentanément tournées à la mélancolie et au regret, ont été rapidement colorées d’espérance. C’est une remarque que nous aurons encore occasion de vérifier.

Elle a parlé de la fatigue du lendemain ; en effet, cette fatigue est grande, mais elle ne se manifeste pas immédiatement, et, quand vous êtes obligé de la reconnaître, ce n’est pas sans étonnement. Car d’abord, quand vous avez bien constaté qu’un nouveau jour s’est levé sur l’horizon de votre vie, vous éprouvez un bien-être étonnant ; vous croyez jouir d’une légèreté d’esprit merveilleuse. Mais vous êtes à peine debout, qu’un vieux reste d’ivresse vous suit et vous retarde, comme le boulet de votre récente servitude. Vos jambes faibles ne vous conduisent qu’avec timidité, et vous craignez à chaque instant de vous casser comme un objet fragile. Une grande langueur (il y a des gens qui prétendent qu’elle ne manque pas de charme) s’empare de votre esprit et se répand à travers vos facultés comme un brouillard dans un paysage. Vous voilà, pour quelques heures encore, incapable de travail, d’action et d’énergie. C’est la punition de la prodigalité impie avec laquelle vous avez dépensé le fluide nerveux. Vous avez disséminé votre personnalité aux quatre vents du ciel, et, maintenant, quelle peine n’éprouvez-vous pas à la rassembler et à la concentrer !

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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Mer 26 Déc - 15:04

Les Paradis artificiels/Le Poème du haschisch/II
< Les Paradis artificiels


Charles Baudelaire
Les Paradis artificiels
Le Poëme du Haschisch


◄ I. Le Goût de l’infini II. Qu’est-ce que le haschisch ? III. Le Théâtre de Séraphin ►



II

QU’EST-CE QUE LE HASCHISCH ?


Les récits de Marco Polo, dont on s’est à tort moqué, comme de quelques autres voyageurs anciens, ont été vérifiés par les savants et méritent notre créance. Je ne raconterai pas après lui comment le Vieux de la Montagne enfermait, après les avoir enivrés de haschisch (d’où, Haschischins ou Assassins), dans un jardin plein de délices, ceux de ses plus jeunes disciples à qui il voulait donner une idée du paradis, récompense entrevue, pour ainsi dire, d’une obéissance passive et irréfléchie. Le lecteur peut, relativement à la société secrète des Haschischins, consulter le livre de M. de Hammer et le mémoire de M. Sylvestre de Sacy, contenu dans le tome XVI des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et, relativement à l’étymologie du mot assassin, sa lettre au rédacteur du Moniteur, insérée dans le numéro 359 de l’année 1809. Hérodote raconte que les Scythes amassaient des graines de chanvre sur lesquelles ils jetaient des pierres rougies au feu. C’était pour eux comme un bain de vapeur plus parfumée que celle d’aucune étuve grecque, et la jouissance en était si vive qu’elle leur arrachait des cris de joie.

Le haschisch, en effet, nous vient de l’Orient ; les propriétés excitantes du chanvre étaient bien connues dans l’ancienne Égypte, et l’usage en est très-répandu, sous différents noms, dans l’Inde, dans l’Algérie et dans l’Arabie Heureuse. Mais nous avons auprès de nous, sous nos yeux, des exemples curieux de l’ivresse causée, par les émanations végétales. Sans parler des enfants qui, après avoir joué et s’être roulés dans des amas de luzerne fauchée, éprouvent souvent de singuliers vertiges, on sait que, lorsque se fait la moisson du chanvre, les travailleurs mâles et femelles subissent des effets analogues ; on dirait que de la moisson s’élève un miasme qui trouble malicieusement leur cerveau. La tête du moissonneur est pleine de tourbillons, quelquefois chargée de rêveries. À de certains moments, les membres s’affaiblissent et refusent le service. Nous avons entendu parler de crises somnambuliques assez fréquentes chez les paysans russes, dont la cause, dit-on, doit être attribuée à l’usage de l’huile de chènevis dans la préparation des aliments. Qui ne connaît les extravagances des poules qui ont mangé des graines de chènevis, et l’enthousiasme fougueux des chevaux que les paysans, dans les noces et les fêtes patronales, préparent à une course au clocher par une ration de chènevis quelquefois arrosée de vin ?
Cependant le chanvre français est impropre à se transformer en haschisch, ou du moins, d’après les expériences répétées, impropre à donner une drogue égale en puissance au haschisch. Le haschisch, ou chanvre indien, cannabis indica, est une plante de la famille des urticées, en tout semblable, sauf qu’elle n’atteint pas la même hauteur, au chanvre de nos climats. Il possède des propriétés enivrantes très-extraordinaires qui, depuis quelques années, ont attiré en France l’attention des savants et des gens du monde. Il est plus ou moins estimé, suivant ses différentes provenances ; celui du Bengale est le plus prisé par les amateurs ; cependant ceux d’Égypte, de Constantinople, de Perse et d’Algérie jouissent des mêmes propriétés, mais à un degré inférieur.

Le haschisch (ou herbe, c’est-à-dire l’herbe par excellence, comme si les Arabes avaient voulu définir en un mot l’herbe, source de toutes les voluptés immatérielles) porte différents noms, suivant sa composition et le mode de préparation qu’il a subie dans le pays où il a été récolté : dans l’Inde, bangie ; en Afrique, teriaki ; en Algérie et dans l’Arabie Heureuse, madjound, etc. Il n’est pas indifférent de le cueillir à toutes les époques de l’année ; c’est quand il est en fleur qu’il possède sa plus grande énergie ; les sommités fleuries sont, par conséquent, les seules parties employées dans les différentes préparations dont nous avons à dire quelques mots.

L’extrait gras du haschisch, tel que le préparent les Arabes, s’obtient en faisant bouillir les sommités de la plante fraîche dans du beurre avec un peu d’eau. On fait passer, après évaporation complète de toute humidité, et l’on obtient ainsi une préparation qui a l’apparence d’une pommade de couleur jaune verdâtre, et qui garde une odeur désagréable de haschisch et de beurre rance. Sous cette forme, on l’emploie en petites boulettes de deux à quatre grammes ; mais à cause de son odeur répugnante, qui va croissant avec le temps, les Arabes mettent l’extrait gras sous la forme de confitures.
La plus usitée de ces confitures, le dawamesk, est un mélange d’extrait gras, de sucre et de divers aromates, tels que vanille, cannelle, pistaches, amandes, musc. Quelquefois même on y ajoute un peu de cantharide, dans un but qui n’a rien de commun avec les résultats ordinaires du haschisch. Sous cette forme nouvelle, le haschisch n’a rien de désagréable, et on peut le prendre à la dose de quinze, vingt et trente grammes, soit enveloppé dans une feuille de pain à chanter, soit dans une tasse de café.
Les expériences faites par MM. Smith, Gastinel et Decourtive ont eu pour but d’arriver à la découverte du principe actif du haschisch. Malgré leurs efforts, sa combinaison chimique est encore peu connue ; mais on attribue généralement ses propriétés à une matière résineuse qui s’y trouve en assez bonne dose, dans la proportion de dix pour cent environ. Pour obtenir cette résine, on réduit la plante sèche en poudre grossière, et on la lave plusieurs fois avec de l’alcool que l’on distille ensuite pour le retirer en partie ; on fait évaporer jusqu’à consistance d’extrait ; on traite cet extrait par l’eau, qui dissout les matières gommeuses étrangères, et la résine reste alors à l’état de pureté.

Ce produit est mou, d’une couleur verte foncée, et possède à un haut degré l’odeur caractéristique du haschisch. Cinq, dix, quinze centigrammes suffisent pour produire des effets surprenants. Mais la haschischine, qui peut s’administrer sous forme de pastilles au chocolat ou de petites pilules gingembrées, a, comme le dawamesk et l’extrait gras, des effets plus ou moins vigoureux et d’une nature très-variée, suivant le tempérament des individus et leur susceptibilité nerveuse. Il y a mieux, c’est que le résultat varie dans le même individu. Tantôt ce sera une gaieté immodérée et irrésistible, tantôt une sensation de bien-être et de plénitude de vie, d’autres fois un sommeil équivoque et traversé de rêves. Il existe cependant des phénomènes qui se reproduisent assez régulièrement, surtout chez les personnes d’un tempérament et d’une éducation analogues ; il y a une espèce d’unité dans la variété qui me permettra de rédiger sans trop de peine cette monographie de l’ivresse dont j’ai parlé tout à l’heure.
À Constantinople, en Algérie et même en France, quelques personnes fument du haschisch mêlé avec du tabac ; mais alors les phénomènes en question ne se produisent que sous une forme très-modérée et, pour ainsi dire, paresseuse. J’ai entendu dire qu’on avait récemment, au moyen de la distillation, tiré du haschisch une huile essentielle qui paraît posséder une vertu beaucoup plus active que toutes les préparations connues jusqu’à présent ; mais elle n’a pas été assez étudiée pour que je puisse avec certitude parler de ses résultats. N’est-il pas superflu d’ajouter que le thé, le café et les liqueurs sont des adjuvants puissants qui accélèrent plus ou moins l’éclosion de cette ivresse mystérieuse ?

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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Mer 26 Déc - 15:11

Charles Baudelaire
Les Paradis artificiels



◄ À J. G. F. I. Le Goût de l’infini II. Qu’est-ce que le haschisch ? ►


LE POËME
DU HASCHISCH


I

LE GOÛT DE L’INFINI



Ceux qui savent s’observer eux-mêmes et qui gardent la mémoire de leurs impressions, ceux-là qui ont su, comme Hoffmann, construire leur baromètre spirituel, ont eu parfois à noter, dans l’observatoire de leur pensée, de belles saisons, d’heureuses journées, de délicieuses minutes. Il est des jours où l’homme s’éveille avec un génie jeune et vigoureux. Ses paupières à peine déchargées du sommeil qui les scellait, le monde extérieur s’offre à lui avec un relief puissant, une netteté de contours, une richesse de couleurs admirables. Le monde moral ouvre ses vastes perspectives, pleines de clartés nouvelles. L’homme gratifié de cette béatitude, malheureusement rare et passagère, se sent à la fois plus artiste et plus juste, plus noble, pour tout dire en un mot. Mais ce qu’il y a de plus singulier dans cet état exceptionnel de l’esprit et des sens, que je puis sans exagération appeler paradisiaque, si je le compare aux lourdes ténèbres de l’existence commune et journalière, c’est qu’il n’a été créé par aucune cause bien visible et facile à définir. Est-il le résultat d’une bonne hygiène et d’un régime de sage ? Telle est la première explication qui s’offre à l’esprit ; mais nous sommes obligés de reconnaître que souvent cette merveille, cette espèce de prodige, se produit comme si elle était l’effet d’une puissance supérieure et invisible, extérieure à l’homme, après une période où celui-ci a fait abus de ses facultés physiques. Dirons-nous qu’elle est la récompense de la prière assidue et des ardeurs spirituelles ? Il est certain qu’une élévation constante du désir, une tension des forces spirituelles vers le ciel, serait le régime le plus propre à créer cette santé morale, si éclatante et si glorieuse ; mais en vertu de quelle loi absurde se manifeste-t-elle parfois après de coupables orgies de l’imagination, après un abus sophistique de la raison, qui est à son usage honnête et raisonnable ce que les tours de dislocation sont à la saine gymnastique ? C’est pourquoi je préfère considérer cette condition anormale de l’esprit comme une véritable grâce, comme un miroir magique où l’homme est invité à se voir en beau, c’est-à-dire tel qu’il devrait et pourrait être ; une espèce d’excitation angélique, un rappel à l’ordre sous une forme complimenteuse. De même une certaine école spiritualiste, qui a ses représentants en Angleterre et en Amérique, considère les phénomènes surnaturels, tels que les apparitions de fantômes, les revenants, etc., comme des manifestations de la volonté divine, attentive à réveiller dans l’esprit de l’homme le souvenir des réalités invisibles.
D’ailleurs cet état charmant et singulier, où toutes les forces s’équilibrent, où l’imagination, quoique merveilleusement puissante, n’entraîne pas à sa suite le sens moral dans de périlleuses aventures, où une sensibilité exquise n’est plus torturée par des nerfs malades, ces conseillers ordinaires du crime ou du désespoir, cet état merveilleux, dis-je, n’a pas de symptômes avant-coureurs. Il est aussi imprévu que le fantôme. C’est une espèce de hantise, mais de hantise intermittente, dont nous devrions tirer, si nous étions sages, la certitude d’une existence meilleure et l’espérance d’y atteindre par l’exercice journalier de notre volonté. Cette acuité de la pensée, cet enthousiasme des sens et de l’esprit, ont dû, en tout temps, apparaître à l’homme comme le premier des biens ; c’est pourquoi, ne considérant que la volupté immédiate, il a, sans s’inquiéter de violer les lois de sa constitution, cherché dans la science physique, dans la pharmaceutique, dans les plus grossières liqueurs, dans les parfums les plus subtils, sous tous les climats et dans tous les temps, les moyens de fuir, ne fût-ce que pour quelques heures, son habitacle de fange, et, comme dit l’auteur de Lazare : « d’emporter le Paradis d’un seul coup. » Hélas ! les vices de l’homme, si pleins d’horreur qu’on les suppose, contiennent la preuve (quand ce ne serait que leur infinie expansion !) de son goût de l’infini ; seulement, c’est un goût qui se trompe souvent de route. On pourrait prendre dans un sens métaphorique le vulgaire proverbe : Tout chemin mène à Rome, et l’appliquer au monde moral ; tout mène à la récompense ou au châtiment, deux formes de l’éternité. L’esprit humain regorge de passions ; il en a à revendre, pour me servir d’une autre locution triviale ; mais ce malheureux esprit, dont la dépravation naturelle est aussi grande que son aptitude soudaine, quasi paradoxale, à la charité et aux vertus les plus ardues, est fécond en paradoxes qui lui permettent d’employer pour le mal le trop-plein de cette passion débordante. Il ne croit jamais se vendre en bloc. Il oublie, dans son infatuation, qu’il se joue à un plus fin et plus fort que lui, et que l’Esprit du Mal, même quand on ne lui livre qu’un cheveu, ne tarde pas à emporter la tête. Ce seigneur visible de la nature visible (je parle de l’homme) a donc voulu créer le Paradis par la pharmacie, par les boissons fermentées, semblable à un maniaque qui remplacerait des meubles solides et des jardins véritables par des décors peints sur toile et montés sur châssis. C’est dans cette dépravation du sens de l’infini que gît, selon moi, la raison de tous les excès coupables, depuis l’ivresse solitaire et concentrée du littérateur, qui, obligé de chercher dans l’opium un soulagement à une douleur physique, et ayant ainsi découvert une source de jouissances morbides, en a fait peu à peu son unique hygiène et comme le soleil de sa vie spirituelle, jusqu’à l’ivrognerie la plus répugnante des faubourgs, qui, le cerveau plein de flamme et de gloire, se roule ridiculement dans les ordures de la route.

Parmi les drogues les plus propres à créer ce que je nomme l’Idéal artificiel, laissant de côté les liqueurs, qui poussent vite à la fureur matérielle et terrassent la force spirituelle, et les parfums dont l’usage excessif, tout en rendant l’imagination de l’homme plus subtile, épuise graduellement ses forces physiques, les deux plus énergiques substances, celles dont l’emploi est le plus commode et le plus sous la main, sont le haschisch et l’opium. L’analyse des effets mystérieux et des jouissances morbides que peuvent engendrer ces drogues, des châtiments inévitables qui résultent de leur usage prolongé, et enfin de l’immoralité même impliquée dans cette poursuite d’un faux idéal, constitue le sujet de cette étude.
Le travail sur l’opium a été fait, et d’une manière si éclatante, médicale et poétique à la fois, que je n’oserais rien y ajouter. Je me contenterai donc, dans une autre étude, de donner l’analyse de ce livre incomparable, qui n’a jamais été traduit en France dans sa totalité. L’auteur, homme illustre, d’une imagination puissante et exquise, aujourd’hui retiré et silencieux, a osé, avec une candeur tragique, faire le récit des jouissances et des tortures qu’il a trouvées jadis dans l’opium, et la partie la plus dramatique de son livre est celle où il parle des efforts surhumains de volonté qu’il lui a fallu déployer pour échapper à la damnation à laquelle il s’était imprudemment voué lui-même.

Aujourd’hui, je ne parlerai que du haschisch, et j’en parlerai suivant des renseignements nombreux et minutieux, extraits des notes ou des confidences d’hommes intelligents qui s’y étaient adonnés longtemps. seulement, je fondrai ces documents variés en une sorte de monographie, choisissant une âme, facile d’ailleurs à expliquer et à définir, comme type propre aux expériences de cette nature.



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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Mer 26 Déc - 15:12

Marquise des Loups a écrit:
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DU HASCHISCH


I

LE GOÛT DE L’INFINI



Ceux qui savent s’observer eux-mêmes et qui gardent la mémoire de leurs impressions, ceux-là qui ont su, comme Hoffmann, construire leur baromètre spirituel, ont eu parfois à noter, dans l’observatoire de leur pensée, de belles saisons, d’heureuses journées, de délicieuses minutes. Il est des jours où l’homme s’éveille avec un génie jeune et vigoureux. Ses paupières à peine déchargées du sommeil qui les scellait, le monde extérieur s’offre à lui avec un relief puissant, une netteté de contours, une richesse de couleurs admirables. Le monde moral ouvre ses vastes perspectives, pleines de clartés nouvelles. L’homme gratifié de cette béatitude, malheureusement rare et passagère, se sent à la fois plus artiste et plus juste, plus noble, pour tout dire en un mot. Mais ce qu’il y a de plus singulier dans cet état exceptionnel de l’esprit et des sens, que je puis sans exagération appeler paradisiaque, si je le compare aux lourdes ténèbres de l’existence commune et journalière, c’est qu’il n’a été créé par aucune cause bien visible et facile à définir. Est-il le résultat d’une bonne hygiène et d’un régime de sage ? Telle est la première explication qui s’offre à l’esprit ; mais nous sommes obligés de reconnaître que souvent cette merveille, cette espèce de prodige, se produit comme si elle était l’effet d’une puissance supérieure et invisible, extérieure à l’homme, après une période où celui-ci a fait abus de ses facultés physiques. Dirons-nous qu’elle est la récompense de la prière assidue et des ardeurs spirituelles ? Il est certain qu’une élévation constante du désir, une tension des forces spirituelles vers le ciel, serait le régime le plus propre à créer cette santé morale, si éclatante et si glorieuse ; mais en vertu de quelle loi absurde se manifeste-t-elle parfois après de coupables orgies de l’imagination, après un abus sophistique de la raison, qui est à son usage honnête et raisonnable ce que les tours de dislocation sont à la saine gymnastique ? C’est pourquoi je préfère considérer cette condition anormale de l’esprit comme une véritable grâce, comme un miroir magique où l’homme est invité à se voir en beau, c’est-à-dire tel qu’il devrait et pourrait être ; une espèce d’excitation angélique, un rappel à l’ordre sous une forme complimenteuse. De même une certaine école spiritualiste, qui a ses représentants en Angleterre et en Amérique, considère les phénomènes surnaturels, tels que les apparitions de fantômes, les revenants, etc., comme des manifestations de la volonté divine, attentive à réveiller dans l’esprit de l’homme le souvenir des réalités invisibles.
D’ailleurs cet état charmant et singulier, où toutes les forces s’équilibrent, où l’imagination, quoique merveilleusement puissante, n’entraîne pas à sa suite le sens moral dans de périlleuses aventures, où une sensibilité exquise n’est plus torturée par des nerfs malades, ces conseillers ordinaires du crime ou du désespoir, cet état merveilleux, dis-je, n’a pas de symptômes avant-coureurs. Il est aussi imprévu que le fantôme. C’est une espèce de hantise, mais de hantise intermittente, dont nous devrions tirer, si nous étions sages, la certitude d’une existence meilleure et l’espérance d’y atteindre par l’exercice journalier de notre volonté. Cette acuité de la pensée, cet enthousiasme des sens et de l’esprit, ont dû, en tout temps, apparaître à l’homme comme le premier des biens ; c’est pourquoi, ne considérant que la volupté immédiate, il a, sans s’inquiéter de violer les lois de sa constitution, cherché dans la science physique, dans la pharmaceutique, dans les plus grossières liqueurs, dans les parfums les plus subtils, sous tous les climats et dans tous les temps, les moyens de fuir, ne fût-ce que pour quelques heures, son habitacle de fange, et, comme dit l’auteur de Lazare : « d’emporter le Paradis d’un seul coup. » Hélas ! les vices de l’homme, si pleins d’horreur qu’on les suppose, contiennent la preuve (quand ce ne serait que leur infinie expansion !) de son goût de l’infini ; seulement, c’est un goût qui se trompe souvent de route. On pourrait prendre dans un sens métaphorique le vulgaire proverbe : Tout chemin mène à Rome, et l’appliquer au monde moral ; tout mène à la récompense ou au châtiment, deux formes de l’éternité. L’esprit humain regorge de passions ; il en a à revendre, pour me servir d’une autre locution triviale ; mais ce malheureux esprit, dont la dépravation naturelle est aussi grande que son aptitude soudaine, quasi paradoxale, à la charité et aux vertus les plus ardues, est fécond en paradoxes qui lui permettent d’employer pour le mal le trop-plein de cette passion débordante. Il ne croit jamais se vendre en bloc. Il oublie, dans son infatuation, qu’il se joue à un plus fin et plus fort que lui, et que l’Esprit du Mal, même quand on ne lui livre qu’un cheveu, ne tarde pas à emporter la tête. Ce seigneur visible de la nature visible (je parle de l’homme) a donc voulu créer le Paradis par la pharmacie, par les boissons fermentées, semblable à un maniaque qui remplacerait des meubles solides et des jardins véritables par des décors peints sur toile et montés sur châssis. C’est dans cette dépravation du sens de l’infini que gît, selon moi, la raison de tous les excès coupables, depuis l’ivresse solitaire et concentrée du littérateur, qui, obligé de chercher dans l’opium un soulagement à une douleur physique, et ayant ainsi découvert une source de jouissances morbides, en a fait peu à peu son unique hygiène et comme le soleil de sa vie spirituelle, jusqu’à l’ivrognerie la plus répugnante des faubourgs, qui, le cerveau plein de flamme et de gloire, se roule ridiculement dans les ordures de la route.

Parmi les drogues les plus propres à créer ce que je nomme l’Idéal artificiel, laissant de côté les liqueurs, qui poussent vite à la fureur matérielle et terrassent la force spirituelle, et les parfums dont l’usage excessif, tout en rendant l’imagination de l’homme plus subtile, épuise graduellement ses forces physiques, les deux plus énergiques substances, celles dont l’emploi est le plus commode et le plus sous la main, sont le haschisch et l’opium. L’analyse des effets mystérieux et des jouissances morbides que peuvent engendrer ces drogues, des châtiments inévitables qui résultent de leur usage prolongé, et enfin de l’immoralité même impliquée dans cette poursuite d’un faux idéal, constitue le sujet de cette étude.
Le travail sur l’opium a été fait, et d’une manière si éclatante, médicale et poétique à la fois, que je n’oserais rien y ajouter. Je me contenterai donc, dans une autre étude, de donner l’analyse de ce livre incomparable, qui n’a jamais été traduit en France dans sa totalité. L’auteur, homme illustre, d’une imagination puissante et exquise, aujourd’hui retiré et silencieux, a osé, avec une candeur tragique, faire le récit des jouissances et des tortures qu’il a trouvées jadis dans l’opium, et la partie la plus dramatique de son livre est celle où il parle des efforts surhumains de volonté qu’il lui a fallu déployer pour échapper à la damnation à laquelle il s’était imprudemment voué lui-même.

Aujourd’hui, je ne parlerai que du haschisch, et j’en parlerai suivant des renseignements nombreux et minutieux, extraits des notes ou des confidences d’hommes intelligents qui s’y étaient adonnés longtemps. seulement, je fondrai ces documents variés en une sorte de monographie, choisissant une âme, facile d’ailleurs à expliquer et à définir, comme type propre aux expériences de cette nature.


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Extrait de
Les Paradis artificiels
Le Poëme du Haschisch
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V

MORALE



Mais le lendemain ! le terrible lendemain ! tous les organes relâchés, fatigués, les nerfs détendus, les titillantes envies de pleurer, l’impossibilité de s’appliquer à un travail suivi, vous enseignent cruellement que vous avez joué un jeu défendu. La hideuse nature, dépouillée de son illumination de la veille, ressemble aux mélancoliques débris d’une fête. La volonté surtout est attaquée, de toutes les facultés la plus précieuse. On dit, et c’est presque vrai, que cette substance ne cause aucun mal physique, aucun mal grave, du moins. Mais peut-on affirmer qu’un homme incapable d’action, et propre seulement aux rêves, se porterait vraiment bien, quand même tous ses membres seraient en bon état ? Or, nous connaissons assez la nature humaine pour savoir qu’un homme qui peut, avec une cuillerée de confiture, se procurer instantanément tous les biens du ciel et de la terre, n’en gagnera jamais la millième partie par le travail. Se figure-t-on un État dont tous les citoyens s’enivreraient de haschisch ? Quels citoyens ! quels guerriers ! quels législateurs ! Même en Orient, où l’usage en est si répandu, il y a des gouvernements qui ont compris la nécessité de le proscrire. En effet, il est défendu à l’homme, sous peine de déchéance et de mort intellectuelle, de déranger les conditions primordiales de son existence et de rompre l’équilibre de ses facultés avec les milieux où elles sont destinées à se mouvoir, en un mot, de déranger son destin pour y substituer une fatalité d’un nouveau genre. souvenons-nous de Melmoth, cet admirable emblème. son épouvantable souffrance gît dans la disproportion entre ses merveilleuses facultés, acquises instantanément par un pacte satanique, et le milieu où, comme créature de Dieu, il est condamné à vivre. Et aucun de ceux qu’il veut séduire ne consent à lui acheter, aux mêmes conditions, son terrible privilège. En effet, tout homme qui n’accepte pas les conditions de la vie, vend son âme. Il est facile de saisir le rapport qui existe entre les créations sataniques des poëtes et les créatures vivantes qui se sont vouées aux excitants. L’homme a voulu être Dieu, et bientôt le voilà, en vertu d’une loi morale incontrôlable, tombé plus bas que sa nature réelle. C’est une âme qui se vend en détail.

Balzac pensait sans doute qu’il n’est pas pour l’homme de plus grande honte ni de plus vive souffrance que l’abdication de sa volonté. Je l’ai vu une fois, dans une réunion où il était question des effets prodigieux du haschisch. Il écoutait et questionnait avec une attention et une vivacité amusantes. Les personnes qui l’ont connu devinent qu’il devait être intéressé. Mais l’idée de penser malgré lui même le choquait vivement. On lui présenta du dawamesk ; il l’examina, le flaira et le rendit sans y toucher. La lutte entre sa curiosité presque enfantine et sa répugnance pour l’abdication se trahissait sur son visage expressif d’une manière frappante. L’amour de la dignité l’emporta. En effet, il est difficile de se figurer le théoricien de la volonté, ce jumeau spirituel de Louis Lambert, consentant à perdre une parcelle de cette précieuse substance.

Malgré les admirables services qu’ont rendus l’éther et le chloroforme, il me semble qu’au point de vue de la philosophie spiritualiste, la même flétrissure morale s’applique à toutes les inventions modernes qui tendent à diminuer la liberté humaine et l’indispensable douleur. Ce n’est pas sans une certaine admiration que j’entendis une fois le paradoxe d’un officier qui me racontait l’opération cruelle pratiquée sur un général français à El-Aghouat, et dont celui-ci mourut malgré le chloroforme. Ce général était un homme très brave, et même quelque chose de plus, une de ces âmes à qui s’applique naturellement le terme : chevaleresque. "Ce n’était pas, me disait-il, du chloroforme qu’il lui fallait, mais les regards de toute l’armée et la musique des régiments. Ainsi peut-être il eût été sauvé ! " Le chirurgien n’était pas de l’avis de cet officier ; mais l’aumônier aurait sans doute admiré ces sentiments.

Il est vraiment superflu, après toutes ces considérations, d’insister sur le caractère immoral du haschisch. Que je le compare au suicide, à un suicide lent, à une arme toujours sanglante et toujours aiguisée, aucun esprit raisonnable n’y trouvera à redire. Que je l’assimile à la sorcellerie, à la magie, qui veulent, en opérant sur la matière, et par des arcanes dont rien ne prouve la fausseté non plus que l’efficacité, conquérir une domination interdite à l’homme ou permise seulement à celui qui en est jugé digne, aucune âme philosophique ne blâmera cette comparaison. si l’Eglise condamne la magie et la sorcellerie, c’est qu’elles militent contre les intentions de Dieu, qu’elles suppriment le travail du temps et veulent rendre superflues les conditions de pureté et de moralité ; et qu’elle, l’Eglise, ne considère comme légitimes, comme vrais, que les trésors gagnés par la bonne intention assidue. Nous appelons escroc le joueur qui a trouvé le moyen de jouer à coup sûr ; comment nommerons-nous l’homme qui veut acheter, avec un peu de monnaie, le bonheur et le génie? C’est l’infaillibilité même du moyen qui en constitue l’immoralité, comme l’infaillibilité supposée de la magie lui impose son stigmate infernal. Ajouterai-je que le haschisch, comme toutes les joies solitaires, rend l’individu inutile aux hommes et la société superflue pour l’individu, le poussant à s’admirer sans cesse lui-même et le précipitant jour à jour vers le gouffre lumineux où il admire sa face de Narcisse ?

Si encore, au prix de sa dignité, de son honnêteté et de son libre arbitre, l’homme pouvait tirer du haschisch de grands bénéfices spirituels, en faire une espèce de machine à penser, un instrument fécond ? C’est une question que j’ai souvent entendu poser, et j’y réponds. D’abord, comme je l’ai longuement expliqué, le haschisch ne révèle à l’individu rien que l’individu lui-même. Il est vrai que cet individu est pour ainsi dire cubé et poussé à l’extrême, et comme il est également certain que la mémoire des impressions survit à l’orgie, l’espérance de ces utilitaires ne paraît pas au premier aspect tout à fait dénuée de raison. Mais je les prierai d’observer que les pensées, dont ils comptent tirer un si grand parti, ne sont pas réellement aussi belles qu’elles le paraissent sous leur travestissement momentané et recouvertes d’oripeaux magiques. Elles tiennent de la terre plutôt que du ciel, et doivent une grande partie de leur beauté à l’agitation nerveuse, à l’avidité avec laquelle l’esprit se jette sur elles. Ensuite, cette espérance est un cercle vicieux: admettons un instant que le haschisch donne, ou du moins augmente le génie, ils oublient qu’il est de la nature du haschisch de diminuer la volonté, et qu’ainsi il accorde d’un côté ce qu’il retire de l’autre, c’est-à-dire l’imagination sans la faculté d’en profiter. Enfin il faut songer, en supposant un homme assez adroit et assez vigoureux pour se soustraire à cette alternative, à un autre danger, fatal, terrible, qui est celui de toutes les accoutumances. Toutes se transforment bientôt en nécessités. Celui qui aura recours à un poison pour penser ne pourra bientôt plus penser sans poison. se figure-t-on le sort affreux d’un homme dont l’imagination paralysée ne saurait plus fonctionner sans le secours du haschisch ou de l’opium ?

Dans les études philosophiques, l’esprit humain, imitant la marche des astres, doit suivre une courbe qui le ramène à son point de départ. Conclure, c’est fermer un cercle. Au commencement j’ai parlé de cet état merveilleux, où l’esprit de l’homme se trouvait quelquefois jeté comme par une grâce spéciale ; j’ai dit qu’aspirant sans cesse à réchauffer ses espérances et à s’élever vers l’infini, il montrait, dans tous les pays et dans tous les temps, un goût frénétique pour toutes les substances, même dangereuses, qui, en exaltant sa personnalité, pouvaient susciter un instant à ses yeux ce paradis d’occasion, objet de tous ses désirs, et enfin que cet esprit hasardeux, poussant, sans le savoir, jusqu’à l’enfer, témoignait ainsi de sa grandeur originelle. Mais l’homme n’est pas si abandonné, si privé de moyens honnêtes pour gagner le ciel, qu’il soit obligé d’invoquer la pharmacie et la sorcellerie ; il n’a pas besoin de vendre son âme pour payer les caresses enivrantes et l’amitié des houris. Qu’est-ce qu’un paradis qu’on achète au prix de son salut éternel? Je me figure un homme (dirai-je un brahmane, un poëte, ou un philosophe chrétien?) placé sur l’Olympe ardu de la spiritualité ; autour de lui les Muses de Raphaël ou de Mantegna, pour le consoler de ses longs jeûnes et de ses prières assidues, combinent les danses les plus nobles, le regardent avec leurs plus doux yeux et leurs sourires les plus éclatants ; le divin Apollon, ce maître en tout savoir (celui de Francavilla, d’Albert Dürer, de Goltzius ou de tout autre, qu’importe ? N’y a-t-il pas un Apollon, pour tout homme qui le mérite ?), caresse de son archet ses cordes les plus vibrantes. Au-dessous de lui, au pied de la montagne, dans les ronces et dans la boue, la troupe des humains, la bande des ilotes, simule les grimaces de la jouissance et pousse des hurlements que lui arrache la morsure du poison ; et le poëte attristé se dit : " Ces infortunés qui n’ont ni jeûné, ni prié, et qui ont refusé la rédemption par le travail, demandent à la noire magie les moyens de s’élever, d’un seul coup, à l’existence surnaturelle. La magie les dupe et elle allume pour eux un faux bonheur et une fausse lumière ; tandis que nous, poëtes et philosophes, nous avons régénéré notre âme par le travail successif et la contemplation ; par l’exercice assidu de la volonté et la noblesse permanente de l’intention, nous avons créé à notre usage un jardin de vraie beauté. Confiants dans la parole qui dit que la foi transporte les montagnes, nous avons accompli le seul miracle dont Dieu nous ait octroyé la licence ! "




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<< Renoncer au pire ou au meilleur totalement illusoire, dans l'acceptation totale; c'est devenir un être harmonieusement libre intérieurement. >>
La Louve effrenée, in All this Charivari 1994




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MessageSujet: William James"L'expérience religieuse : essai de psychologie   Mer 17 Avr - 11:02

William James



William James naquit un 11 janvier 1842 à New York - Brillant Philosophe et psychologue américain.
Son voyage terrestre s'est terminé un 26 août 1910 au New Hampshire à Chocorua.






Citation :
"L'expérience religieuse : essai de psychologie descriptive / William James,... ; traduit... par Frank Abauzit,... ; préface d'Émile Boutroux,... / James, William (1842-1910), 1906 : "


Source Wink L'expérience religieuse - William James,




´☆` ´☆`¤º°°¨¨°☀


<< Les expériences spirituelles qui modifient réellement notre comportement, sont presque toujours fondées sur le désastre et la catastrophe. >>
William James




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MessageSujet: Une Prière de Fra Angelico   Mar 23 Avr - 15:57

Sir Archibald Waters a écrit:
Fra Angelico, grand peintre italien du XVe siècle, entra dans les Ordres comme le faisaient souvent les artistes de cette époque et fut prieur au couvent Saint-Dominique à Fiésole. D'où, sans doute, la profondeur de ses propos.




Fra Angelico a écrit:
Il n'y a rien de ce que je pourrais vous offrir que vous ne possédiez déjà, mais il y a beaucoup de choses que je ne puis donner et que vous pouvez prendre.

Le ciel ne peut descendre jusqu'à nous, à moins que notre cœur n'y trouve aujourd'hui même son repos.
Prenez le ciel.

Il n'existe pas de paix dans l'avenir qui ne soit cachée dans ce court moment présent, prenez la paix.

L'obscurité du monde n'est qu'une ombre, derrière elle, et cependant à notre portée, se trouve la joie. Il y a dans cette obscurité une splendeur et une joie ineffables si nous pouvions seulement les voir.

Et pour voir, vous n'avez qu'à regarder, je vous prie donc de regarder.

La vie est généreuse donatrice, mais nous, qui jugeons ses dons d'après l'apparence extérieure, nous les rejetons, les trouvant laids ou pesants, ou durs. Enlevons cette enveloppe et nous trouverons au-dessous d'elle une vivante splendeur, tissée d'amour par la sagesse, avec d'abondants pouvoirs. Accueillez-la et vous toucherez la main de l'ange qui vous l'apporte.

Dans chaque chose que nous appelons une épreuve, un chagrin, ou un devoir, se trouve, croyez-moi, la main de l'ange ; le don est là, ainsi que la merveille d'une présence sans ombre.

De même pour nos joies : ne vous en contentez pas en tant que joies, elles aussi cachent des dons divins.

La vie est tellement emplie de sens et de propos, tellement pleine de beautés au-dessous de son enveloppe, que vous vous apercevrez que la terre ne fait que recouvrir le ciel. Courage donc pour le réclamer. C'est tout. Mais vous savez que nous sommes ensemble des pèlerins qui, à travers des pays inconnus, se dirigent vers leurs patrie.

Ainsi, en ce jour de Noël, je vous salue, non pas exactement à la manière dont le monde envoie ses salutations, mais avec la prière : que pour vous, maintenant et à jamais, le jour se lève et les ombres s'enfuient.

Je n'ai qu'un mot à dire : Lumineux. Tout autre commentaire serait superflu. Cette prière intemporelle est magnifique. A méditer assurément.

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MessageSujet: Blaise Pascal   Ven 7 Juin - 12:14

Blaise Pascal


19 juin 1623 - 19 août 1662



Citation :

Blaise Pascal est né le 19 juin 1623 à Clermont. Il est le 3ème enfant et unique fils d'Etienne Pascal, qui est Président de la Cour des Aides, et appartient ainsi à la noblesse de robe (on trouve alors dans ce milieu, ainsi que dans les milieux ecclésiastiques, parmi les gens les plus cultivés). Quant à sa mère, Antoinette Begon, elle décède 3 ans après sa naissance. En 1631, la famille s'installe à Paris.

C'est Etienne Pascal qui prend en charge l'éducation de son fils, loin des bancs du collège ou de l'université. Il a des visions peu orthodoxes, et il interdit à son fils l'apprentissage des mathématiques avant 15 ans. Mais la légende raconte que Blaise, piqué par la curiosité, fut surpris par son père en train de démontrer seul, à 12 ans, que la somme des angles d'un triangle fait 180°. A la suite de cela, il fut autorisé (et encouragé) à lire les Eléments d'Euclide...
Source douce Wink: Blaise Pascal



cat


Les Pensées de Blaise Pascal -



   
Les Pensées de Blaise Pascal -


« L’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant.  »
Blaise Pascal in Les Pensées de Blaise Pascal



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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Mar 26 Nov - 0:35

Marquise des Loups a écrit:
Blaise Pascal


19 juin 1623 - 19 août 1662



Citation :

Blaise Pascal est né le 19 juin 1623 à Clermont. Il est le 3ème enfant et unique fils d'Etienne Pascal, qui est Président de la Cour des Aides, et appartient ainsi à la noblesse de robe (on trouve alors dans ce milieu, ainsi que dans les milieux ecclésiastiques, parmi les gens les plus cultivés). Quant à sa mère, Antoinette Begon, elle décède 3 ans après sa naissance. En 1631, la famille s'installe à Paris.

C'est Etienne Pascal qui prend en charge l'éducation de son fils, loin des bancs du collège ou de l'université. Il a des visions peu orthodoxes, et il interdit à son fils l'apprentissage des mathématiques avant 15 ans. Mais la légende raconte que Blaise, piqué par la curiosité, fut surpris par son père en train de démontrer seul, à 12 ans, que la somme des angles d'un triangle fait 180°. A la suite de cela, il fut autorisé (et encouragé) à lire les Eléments d'Euclide...
Source douce Wink: Blaise Pascal



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« L’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant.  »
Blaise Pascal in Les Pensées de Blaise Pascal



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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Lun 3 Mar - 11:07

Marquise des Loups a écrit:
VOLET 1

"Quand-Même!" (La Divine).


Sarah dans le rôle de Floria Tosca.



The Divine Sarah Bernhardt






Sarah Bernhardt: 22 Octobre 1844 - 26 Mars 1923


Clique dessus ce troisième de quand même ce n'est pas permis dans ce magique de topique non-utopique titré Une prière de Fra Angelico :

"Quand même" La belle infatigable Sarah Bernhardt



Sarah Bernhardt

"C’est en se dépensant soi-même que l’on devient riche..."


Citation :
"Élevée dans un couvent, Henriette Rosinne Bernard, dite Sarah Bernhardt, entre au Conservatoire de Paris à l'âge de 16 ans. Après un passage à la Comédie-Française où elle joua le rôle d'Iphigénie, c'est à l'Odéon en 1869 que la comédienne devient célèbre grâce à un rôle dans 'Le Passant'. C'est dès lors la gloire mondiale pour la comédienne à la 'voix d'or'. Que cela soit dans des rôles tragiques comme Phèdre, ou romantiques dans 'Lorenzaccio', son tempérament dramatique et sa diction emphatique séduisent un public toujours plus grand. Elle dirige le Théâtre de la Renaissance à partir de 1893 et monte ensuite sa propre troupe au théâtre des Nations. Sarah Bernhardt fut un monstre sacré du théâtre et ce jusqu'à la fin de sa vie : amputée de la jambe droite après un accident elle continua de jouer, assise."
Source: Evene






L'art du soufflet
Citation :

"Rentrée à la Comédie-Française à 18 ans (?) , elle en sort très rapidement après avoir giflé une sociétaire bien plus âgée qu'elle... La comédienne à la "voix d'or" a toujours gardé un caractère impétueux."
Source : Anecdote incognito.


« La vie engendre la vie. L’énergie produit l’énergie. C’est en se dépensant soi-même que l’on devient riche.  »
de Sarah Bernhardt



« Le trac, cela vient avec le talent.  »
de Sarah Bernhardt




Sarah Bernhardt vers 1880, cliché de Napoléon Sarony




The Sarah Bernhardt Pages





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Best Music Literacy Paint in Works of Art & Theater regards to Sarah Bernhardt; artiste belle et infatigable dans l'âme; destinée à aimer sans compter ou juger, elle a su tant et tant nous donner. (La Louve).




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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Lun 3 Mar - 11:12

<< Il faut haïr très peu, car c’est très fatiguant.Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent,  mais ne jamais oublier. >>
Sarah Bernhardt

 

Le sourire de Sarah Bernhardt


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MessageSujet: Re: Une prière de Fra Angelico   Lun 17 Mar - 10:02



Bienvenue sur le Luminarium la page John Heywood.

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